À la recherche de l'Église du Christ
Histoire, doctrines et analyse comparative des principales confessions chrétiennes à la lumière de la Bible
Conseil de lecture : ces textes seront plus agréables à lire sur tablette ou sur PC. Bonne lecture !
À la recherche de l'Église du Christ
Histoire, doctrines et analyse comparative des principales confessions chrétiennes à la lumière de la Bible
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DOSSIER D'ÉTUDE
À la recherche de l'Église du Christ
Il s'agit d'un dossier d'étude, et non d'un essai. Son contenu est donc amené à être régulièrement enrichi, corrigé et complété au fur et à mesure de l'avancement des recherches.
Objectif du dossier
Ce dossier d'étude a pour objectif de retracer l'histoire du christianisme depuis l'Église fondée par Jésus-Christ jusqu'aux principales confessions chrétiennes actuelles. Il présente les événements historiques qui ont conduit à leur apparition, expose leurs doctrines, leurs pratiques et leur compréhension des Écritures, puis les compare à la lumière de la Bible et du contexte historique.
Cette étude ne cherche pas à caricaturer ou à discréditer une confession. Elle s'efforce de présenter fidèlement les positions de chacune, d'exposer les principaux désaccords doctrinaux et d'examiner les textes bibliques invoqués par les différents courants. Le lecteur est ainsi invité à exercer son discernement, comme les Juifs de Bérée qui « examinaient chaque jour les Écritures pour voir si ce qu'on leur disait était exact » (Actes 17:11).
Sommaire prévisionnel
Partie I – Les fondements
1. Qu'est-ce que l'Église selon Jésus ?
2. L'Église dans le livre des Actes.
3. Les ministères et les dons spirituels.
4. Le déroulement des premières assemblées.
5. L'autorité des apôtres.
Partie II – L'histoire de l'Église
6. Les trois premiers siècles.
7. Constantin et l'Église impériale.
8. Les conciles et les premiers grands débats.
9. Le développement du catholicisme.
10. Le Grand Schisme.
11. La Réforme protestante.
12. Les réveils évangéliques.
13. Le pentecôtisme et le mouvement charismatique.
Partie III – Les confessions chrétiennes
Un chapitre complet sera consacré à chacune de ces confessions. Chaque chapitre comprendra son origine historique ; ses principaux fondateurs ; ses doctrines ; ses pratiques ; les textes bibliques qu'elle met en avant ; les critiques formulées par les autres confessions ; les réponses qu'elle apporte à ces critiques ; une analyse biblique et historique.
Église catholique
Églises orthodoxes
Luthériens
Réformés (calvinistes)
Anglicans
Baptistes
Méthodistes
Mennonites
Adventistes
Églises évangéliques
Pentecôtistes
Charismatiques
Frères de Plymouth
Églises orientales anciennes
Autres mouvements chrétiens
Partie IV – Les grands débats doctrinaux
Chaque thème fera l'objet d'une étude approfondie sur :
l'autorité de la Bible et de la Tradition ;
le rôle du pape ;
Marie ;
les saints et leur intercession ;
les images et les statues ;
les sacrements ;
le baptême ;
La Cène ;
le salut ;
le purgatoire ;
le célibat des prêtres ;
les dons du Saint-Esprit ;
le parler en langues ;
les guérisons ;
la prophétie ;
le gouvernement de l'Église ;
les femmes dans le ministère ;
le sabbat et le dimanche ;
la dîme ;
les fêtes chrétiennes, et non chrétienne.
Partie V – Retour aux sources
Cette dernière partie comparera les pratiques des différentes confessions avec :
le livre des Actes
les épîtres
les écrits des Pères apostoliques (Didachè, Clément de Rome, Ignace d'Antioche, Polycarpe...).
L'objectif sera de distinguer ce qui est explicitement attesté dans les Écritures, ce qui est confirmé par les premiers témoins de l'Église et ce qui s'est développé progressivement au cours de l'histoire.
Tout au long de ce dossier je vais m' appliquée à une règle méthodologique afin qu'il reste le plus rigoureux possible , pour chaque doctrine étudiée, nous distinguerons toujours quatre niveaux d'analyse. Cette méthode permettra de mener une étude approfondie tout en présentant les différentes positions de manière fidèle et documentée.
Ce qu'enseigne officiellement la confession concernée (à partir de ses textes de référence).
Les fondements bibliques qu'elle invoque.
Les objections formulées par les autres traditions chrétiennes, avec leurs propres arguments bibliques.
Une analyse historique et contextuelle, en examinant le sens des passages dans leur contexte et l'évolution de cette doctrine au fil des siècles.
Partie I – Les fondements
Qu'est-ce que l'Église selon Jésus ?
Avant d'étudier l'histoire des différentes confessions chrétiennes, il est indispensable de revenir à une question fondamentale : qu'est-ce que Jésus lui-même entendait par le mot « Église » ?
Cette question est essentielle, car toute compréhension de l'Église devrait, en premier lieu, être confrontée à l'enseignement du Christ avant d'être comparée aux développements historiques qui ont suivi.
Le mot « Église » traduit le grec ekklesia, qui signifie littéralement « assemblée », « réunion de personnes appelées hors de ». Dans le Nouveau Testament, il ne désigne jamais un bâtiment, mais une communauté de croyants.
Jésus emploie directement ce terme dans Matthieu 16:18 :
« Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur ce rocher je bâtirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. » (Matthieu 16:18)
Quelques observations ressortent immédiatement :
L'Église appartient à Jésus : « je bâtirai mon Église ».
C'est le Christ qui en est le fondateur.
L'Église est présentée comme une réalité vivante qui ne pourra jamais être détruite définitivement.
Jésus évoque également l'Église en Matthieu 18:15-20 lorsqu'il parle de la résolution des conflits entre frères. Là encore, l'Église apparaît comme une communauté de croyants appelée à vivre selon les principes du Royaume de Dieu.
Après la résurrection, les apôtres développeront cette pensée.
Paul décrit l'Église comme :
le corps de Christ (1 Corinthiens 12 ; Éphésiens 1:22-23),
la famille de Dieu (Éphésiens 2:19),
le temple du Saint-Esprit (Éphésiens 2:20-22),
l'épouse de Christ (Éphésiens 5:25-32).
Dans l'ensemble du Nouveau Testament, l'Église désigne donc avant tout l'ensemble des croyants unis à Jésus-Christ, qu'ils soient rassemblés localement ou considérés dans leur dimension universelle.
Les écrits des premiers siècles confirment largement cette compréhension.
La Didachè (fin du Ier ou début du IIe siècle) présente l'Église comme la communauté des disciples réunis autour de l'enseignement des apôtres, de la prière, de la communion fraternelle et du repas du Seigneur.
Ignace d'Antioche (début du IIe siècle) insiste fortement sur l'unité des croyants autour de leurs responsables, afin de préserver la foi reçue des apôtres. Pour lui, l'Église est avant tout une communauté visible appelée à demeurer fidèle au Christ.
Ces premiers témoignages montrent que les chrétiens comprennent déjà l'Église comme une communauté organisée, mais toujours centrée sur Jésus-Christ.
L'Église catholique enseigne que l'Église fondée par Jésus subsiste pleinement dans l'Église catholique, gouvernée par les évêques en communion avec le pape, considéré comme le successeur de l'apôtre Pierre.
Le passage de Matthieu 16:18 est interprété comme l'établissement d'une autorité particulière confiée à Pierre.
Les Églises orthodoxes reconnaissent également une continuité historique avec l'Église apostolique, mais refusent la suprématie universelle du pape. Elles insistent davantage sur la collégialité des évêques.
Les réformateurs affirment que l'Église véritable est constituée de tous ceux qui placent leur foi en Jésus-Christ. Ils distinguent souvent l'Église visible (les institutions) de l'Église invisible (l'ensemble des véritables croyants connus de Dieu seul).
Les Églises évangéliques mettent l'accent sur la conversion personnelle et considèrent que l'Église est avant tout l'ensemble des personnes ayant reçu Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur. Les structures ecclésiastiques sont importantes, mais elles restent au service de la communauté et ne définissent pas à elles seules l'appartenance à l'Église.
Le principal débat porte sur la question suivante :
L'Église fondée par Jésus est-elle une institution visible unique, dotée d'une succession apostolique ininterrompue, ou désigne-t-elle principalement l'ensemble des croyants fidèles au Christ, quelle que soit leur confession ?
Les arguments avancés sont notamment :
Les traditions catholique et orthodoxe soulignent l'importance de la succession apostolique, de l'autorité des évêques et de l'unité visible.
Les traditions protestantes et évangéliques répondent que le Nouveau Testament met avant tout l'accent sur la foi en Christ, la fidélité à l'Évangile et la nouvelle naissance plutôt que sur l'appartenance à une institution particulière.
Les deux positions s'appuient sur différents passages bibliques et sur des lectures historiques distinctes.
À la lecture des Évangiles, Jésus ne décrit jamais en détail une organisation institutionnelle comparable à celle que connaîtront les siècles suivants. Son enseignement met d'abord l'accent sur la relation avec Dieu, la foi, la repentance, l'amour fraternel et la mission.
Le livre des Actes montre ensuite une Église naissante, organisée progressivement selon les besoins de la communauté. Les ministères, les responsabilités et certaines formes de gouvernement ecclésiastique se développent au fil du temps.
À partir du IIe siècle, face aux hérésies, aux persécutions et à la croissance du christianisme, les structures ecclésiales deviennent progressivement plus élaborées. L'épiscopat monarchique, les conciles et les formulations doctrinales apparaissent afin de préserver l'unité de la foi. Ces structures ecclésiales sont à soncidérer selon la lecture de l'Église catholique:
L'Église catholique enseigne que Jésus a confié à l'apôtre Pierre une mission particulière parmi les Douze. Elle fonde principalement cette conviction sur Matthieu 16:18-19 (« Tu es Pierre... je te donnerai les clés du Royaume »), Luc 22:31-32 (« Affermis tes frères ») et Jean 21:15-17 (« Pais mes brebis »).
Selon la doctrine catholique, Pierre exerce dès le Ier siècle un véritable ministère de direction au sein de l'Église naissante. Les Actes des Apôtres le présentent notamment :
prenant l'initiative pour remplacer Judas (Actes 1) ;
prononçant le premier grand discours de la Pentecôte (Actes 2) ;
accomplissant plusieurs miracles (Actes 3 à 5) ;
intervenant lors de l'accueil des premiers non-Juifs dans l'Église (Actes 10) ;
prenant la parole lors du concile de Jérusalem (Actes 15).
Toutefois, le Nouveau Testament ne montre pas Pierre gouvernant seul l'ensemble de l'Église. Les décisions importantes sont souvent prises collégialement avec les autres apôtres et les anciens (Actes 15). Jacques apparaît lui aussi comme une figure majeure de l'Église de Jérusalem.
L'Église catholique considère néanmoins que cette mission particulière confiée à Pierre ne devait pas disparaître avec sa mort. Elle enseigne que son autorité s'est transmise aux évêques de Rome par la succession apostolique.
À partir des IIᵉ et IIIᵉ siècles, plusieurs évolutions institutionnelles apparaissent progressivement :
chaque Église locale est dirigée par un évêque entouré de presbytres (prêtres) et de diacres ;
l'évêque de Rome acquiert progressivement une autorité croissante parmi les autres évêques ;
les grands conciles définissent les doctrines communes de l'Église ;
l'organisation en diocèses se développe parallèlement à celle de l'Empire romain ;
au Moyen Âge apparaissent progressivement des institutions qui n'existent pas dans le Nouveau Testament, comme le collège des cardinaux, la Curie romaine et une administration centrale très structurée.
L'Église catholique ne considère pas ces développements comme des innovations rompant avec l'Évangile, mais comme un approfondissement organique de l'organisation voulue par le Christ. Selon elle, le Saint-Esprit a conduit l'Église à préciser progressivement sa structure afin de préserver l'unité de la foi.
Les Églises protestantes et évangéliques contestent cette lecture. Elles reconnaissent le rôle important de Pierre dans l'Église primitive, mais estiment que le Nouveau Testament ne démontre pas l'existence d'une transmission de son autorité aux évêques de Rome ni l'institution d'une primauté papale universelle. Elles considèrent que plusieurs institutions actuelles de l'Église catholique relèvent d'un développement historique postérieur plutôt que d'un modèle explicitement établi par les apôtres.
Ainsi, si l'existence d'une communauté fondée par Jésus est clairement attestée dans les Écritures, la forme précise de son organisation institutionnelle a connu un développement historique progressif.
Les Évangiles présentent l'Église avant tout comme la communauté des disciples appartenant à Jésus-Christ, appelée à annoncer l'Évangile, à vivre dans l'amour et à demeurer fidèle à son Seigneur.
En revanche, la manière dont cette communauté doit être gouvernée, structurée et organisée fera l'objet de développements importants au cours des siècles. C'est précisément sur ces développements historiques que naîtront les différentes confessions chrétiennes, chacune estimant être restée la plus fidèle au modèle apostolique.
L'Église dans le livre des Actes.
Le livre des Actes des Apôtres est le premier témoignage historique sur la naissance et le développement de l'Église après la résurrection et l'ascension de Jésus-Christ. Écrit par Luc, il couvre environ les trente premières années de l'Église (vers 30 à 62 apr. J.-C.). Il constitue la principale source permettant d'observer comment les apôtres ont compris et mis en pratique les enseignements de Jésus.
L'étude du livre des Actes est essentielle car il décrit une Église encore très proche des apôtres, avant que les grandes structures ecclésiastiques des siècles suivants ne soient pleinement développées.
Avant d'étudier l'organisation de l'Église dans le livre des Actes, il est important de rappeler un principe qui traverse toute la Bible.
De la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, Dieu ne laisse jamais son œuvre au hasard. Lorsqu'il institue quelque chose, il le fait avec un objectif précis, selon un plan déterminé. Les Écritures présentent un Dieu qui crée avec sagesse, qui organise avec méthode et qui révèle progressivement son dessein.
Dès la création, chaque élément est établi selon un ordre précis (Genèse 1). Les luminaires, les saisons, les espèces vivantes et même le rythme du travail et du repos sont organisés avec une remarquable cohérence.
Cette précision apparaît encore davantage lorsque Dieu demande à Moïse de construire le tabernacle. Les dimensions, les matériaux, les couleurs, les vêtements sacerdotaux, les ustensiles, les sacrifices et jusqu'à la disposition du camp d'Israël sont minutieusement décrits. À plusieurs reprises, Dieu insiste :
« Tu feras tout d'après le modèle qui t'a été montré sur la montagne. » (Exode 25:40)
Rien n'est laissé à l'improvisation.
Le même constat s'impose lors de la construction du Temple. Si David reçoit les plans, c'est parce que Dieu lui-même les lui communique. Les Chroniques rapportent que ces plans lui furent donnés « par écrit, de la main de l'Éternel » (1 Chroniques 28:11-19). Les dimensions, les cours, les chambres, les objets du culte, l'organisation des sacrificateurs et des lévites sont précisément établis.
Cette précision ne concerne pas uniquement les bâtiments. Dieu organise également le sacerdoce, les fêtes, les sacrifices, les responsabilités de chaque tribu, les fonctions des prêtres, des lévites, des juges, des rois et des prophètes. Rien n'est présenté comme arbitraire.
Le Nouveau Testament poursuit cette logique. L'Église est décrite comme « la maison de Dieu » (1 Timothée 3:15), « le corps de Christ » (1 Corinthiens 12) et « l'épouse de Christ » (Éphésiens 5 ; Apocalypse 19). Ces images montrent que Dieu continue d'agir avec le même souci d'ordre et de cohérence.
Cela ne signifie pas nécessairement que chaque détail de l'organisation ecclésiastique des siècles suivants ait été révélé dès les Actes des Apôtres. En revanche, cela invite à examiner attentivement les Écritures pour discerner ce que Dieu a effectivement institué, ce qu'il a laissé volontairement plus souple et ce qui relève de développements historiques ultérieurs.
Ce principe guidera toute mon étude : si Dieu a consacré de nombreux chapitres à décrire avec précision le tabernacle, le Temple et l'organisation du culte sous l'Ancienne Alliance, il est légitime d'examiner avec la même attention la manière dont il a établi son Église dans le Nouveau Testament, afin de distinguer ce qui procède directement de la révélation biblique de ce qui s'est progressivement développé dans l'histoire de la chrétienté.
Le livre des Actes présente l'Église comme l'œuvre de Jésus-Christ ressuscité, qui continue d'agir par l'intermédiaire du Saint-Esprit et des apôtres. L'Église n'est pas présentée comme une institution humaine née de l'initiative des disciples, mais comme une communauté voulue par Dieu, dirigée par le Christ et animée par le Saint-Esprit.
L'organisation que l'on découvre dans les Actes est relativement simple, mais elle n'est pas désordonnée. Chaque acteur possède une fonction précise.
Bien que Jésus soit monté au ciel (Actes 1), les Actes montrent qu'il continue de gouverner son Église. C'est lui qui :
envoie le Saint-Esprit (Actes 2) ;
ajoute chaque jour de nouveaux croyants à l'Église (Actes 2:47) ;
appelle personnellement Saul à devenir apôtre (Actes 9) ;
dirige les missionnaires par son Esprit (Actes 13:2 ; 16:6-10) ;
ouvre les portes de l'Évangile aux différentes nations.
Les apôtres ne gouvernent donc jamais indépendamment de Jésus. Ils agissent comme ses témoins et ses représentants.
Cette idée sera reprise plus tard par Paul :
« Christ est le chef de l'Église. » (Éphésiens 5:23 ; Colossiens 1:18)
Le personnage principal du livre des Actes n'est pas Pierre ni Paul, mais le Saint-Esprit.
Son action apparaît à chaque étape importante.
C'est lui qui :
remplit les disciples à la Pentecôte (Actes 2) ;
donne la puissance pour annoncer l'Évangile (Actes 1:8) ;
accorde les dons spirituels ;
inspire la prédication ;
accomplit des miracles ;
convainc les auditeurs ;
dirige les décisions des responsables ;
choisit les missionnaires (Actes 13:2) ;
interdit certains voyages missionnaires et en ouvre d'autres (Actes 16:6-10).
Même lors du concile de Jérusalem, la décision finale est formulée ainsi :
« Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous... » (Actes 15:28)
Cela montre que les responsables ne considèrent pas leurs décisions comme purement humaines, mais cherchent à discerner la volonté de Dieu.
Les apôtres occupent une place tout à fait particulière dans l'Église primitive.
Selon Actes 1:21-22, un apôtre doit avoir été témoin du ministère terrestre de Jésus et surtout de sa résurrection.
Leur mission principale est de :
annoncer l'Évangile ;
enseigner fidèlement les paroles de Jésus ;
établir les nouvelles Églises ;
confirmer la doctrine chrétienne ;
exercer la discipline lorsque cela est nécessaire ;
accomplir des signes et des miracles attestant leur ministère ;
transmettre les enseignements reçus directement du Christ.
Leur autorité est exceptionnelle, car ils ont été personnellement choisis par Jésus.
Ils ne sont pas simplement des administrateurs : ils constituent le fondement doctrinal de l'Église.
Comme l'écrira plus tard Paul :
« Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes. » (Éphésiens 2:20)
Dans le livre des Actes, les apôtres ne sont donc pas des responsables parmi d'autres : ils exercent une autorité fondatrice qui ne sera jamais attribuée à une nouvelle génération d'apôtres dans les Écritures.
Il est toutefois bon de préciser que la question du ministère apostolique est un sujet de discussion encore aujourd'hui. De nombreuses Églises et de nombreux responsables chrétiens se présentent sous le titre d'« apôtre », affirmant exercer un ministère apostolique contemporain, alors que Jésus est monté au ciel il y a près de deux mille ans. Cette réalité soulève une question importante : le ministère apostolique était-il limité à la génération fondatrice de l'Église, ou devait-il se poursuivre au fil des siècles ?
Le premier texte à examiner est Actes 1:21-22, où les disciples cherchent un successeur à Judas Iscariot :
« Il faut donc que, parmi ceux qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu avec nous, depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où il a été enlevé du milieu de nous, il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection. » (Actes 1:21-22)
À première vue, ce passage semble établir deux critères essentiels :
avoir accompagné Jésus durant tout son ministère terrestre ;
être témoin de sa résurrection.
Cependant, une lecture attentive montre que Pierre ne cherche pas ici à définir les conditions générales du ministère apostolique pour toutes les générations. Le contexte est beaucoup plus précis : il s'agit de remplacer Judas afin que le groupe des Douze retrouve son intégrité avant la Pentecôte. Les critères énoncés concernent donc le remplacement d'un membre des Douze, dont la mission était d'attester personnellement toute la vie publique de Jésus, depuis le baptême de Jean jusqu'à son ascension.
C'est précisément à ce stade qu'apparaît une difficulté : Paul ne répond manifestement pas à ces critères. Il n'a pas accompagné Jésus pendant son ministère terrestre et n'était pas présent parmi les disciples. Au contraire, il persécutait l'Église naissante.
Pourtant, le Nouveau Testament le présente clairement comme un apôtre.
Paul fonde son apostolat non sur le fait d'avoir suivi Jésus durant sa vie terrestre, mais sur un appel direct du Christ ressuscité.
Il écrit :
« Paul, apôtre, non de la part des hommes ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père. » (Galates 1:1)
Il déclare également :
« Ne suis-je pas apôtre ? N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur ? » (1 Corinthiens 9:1)
Et encore :
« Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton. » (1 Corinthiens 15:8)
Le livre des Actes rapporte lui aussi cette rencontre exceptionnelle sur le chemin de Damas (Actes 9), où le Christ ressuscité appelle personnellement Paul à devenir son envoyé auprès des nations.
Ces passages ont conduit la majorité des exégètes à distinguer les Douze, choisis durant le ministère terrestre de Jésus, de Paul, appelé exceptionnellement après la résurrection. Selon cette compréhension, Actes 1 ne définit pas les critères universels de tout apôtre, mais uniquement ceux du remplaçant de Judas.
Il existe cependant une autre interprétation, plus minoritaire. Certains auteurs estiment que les disciples auraient agi prématurément en choisissant Matthias avant la Pentecôte, et que Dieu aurait finalement désigné Paul comme le véritable successeur de Judas. Ils soulignent notamment que Jésus avait personnellement choisi chacun des Douze, tandis que Matthias est désigné par tirage au sort, et que ce dernier n'est plus mentionné par la suite.
Toutefois, cette lecture se heurte au texte lui-même. Luc ne formule aucune critique du choix de Matthias ; il conclut simplement :
« Le sort tomba sur Matthias, qui fut associé aux onze apôtres. » (Actes 1:26)
Rien dans le récit ne permet d'affirmer que cette décision aurait été contraire à la volonté de Dieu.
Cette distinction est essentielle pour la suite de cette étude. Elle montre que la question du ministère apostolique ne peut être tranchée à partir d'un seul passage biblique. Il faudra donc examiner l'ensemble des Écritures afin de déterminer si le ministère d'apôtre appartient exclusivement au fondement de l'Église primitive ou si le Nouveau Testament enseigne sa continuité jusqu'à nos jours.
Contrairement à certaines conceptions ultérieures où le clergé occupe une place centrale, le livre des Actes montre que chaque croyant participe activement à la vie de l'Église.
Les membres :
persévèrent dans l'enseignement ;
prient ensemble ;
annoncent eux aussi l'Évangile ;
partagent leurs biens ;
prennent soin des plus pauvres ;
exercent différents dons spirituels.
Après la persécution qui suit la mort d'Étienne, ce ne sont pas seulement les apôtres qui évangélisent :
« Ceux qui avaient été dispersés allaient de lieu en lieu en annonçant la Bonne Nouvelle. » (Actes 8:4)
L'annonce de l'Évangile devient donc la responsabilité de toute l'Église.
À mesure que les communautés grandissent, certaines responsabilités sont confiées à des croyants reconnus.
Les apôtres constatent qu'ils ne peuvent plus répondre seuls aux besoins matériels.
Ils choisissent sept hommes :
remplis du Saint-Esprit ;
reconnus pour leur sagesse ;
ayant une bonne réputation.
Leur mission consiste à organiser l'aide envers les veuves afin que les apôtres puissent continuer à se consacrer principalement à :
la prière ;
l'enseignement de la Parole.
Même si le mot « diacre » n'est pas employé dans Actes 6, cette organisation servira de modèle au ministère diaconal développé par la suite.
Lorsque Paul fonde de nouvelles Églises, il ne laisse jamais les communautés sans responsables.
Il établit des anciens dans chaque Église locale (Actes 14:23).
Ces anciens ont pour mission de :
enseigner ;
prendre soin du troupeau ;
veiller sur la doctrine ;
accompagner spirituellement les croyants ;
protéger l'Église contre les faux enseignants.
Paul rappelle aux anciens d'Éphèse :
« Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Église de Dieu. » (Actes 20:28)
Il est intéressant de noter qu'ici les termes « anciens » (presbyteroi) et « évêques » (episkopoi) semblent désigner les mêmes responsables, ce qui montre qu'à cette époque la distinction entre prêtre, évêque et ancien n'existe pas encore sous la forme qu'elle prendra aux siècles suivants.
L'Église des Actes n'est jamais tournée vers elle-même.
Sa vocation est d'annoncer l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre (Actes 1:8).
Chaque communauté participe à cette mission :
elle prie ;
elle soutient les missionnaires ;
elle envoie des évangélistes ;
elle fonde de nouvelles Églises.
L'expansion de l'Église n'est jamais présentée comme une conquête politique ou territoriale, mais comme la diffusion de la Bonne Nouvelle.
Même si Pierre occupe une place importante dans les premiers chapitres, le livre des Actes montre que les grandes décisions sont prises collectivement.
Lors du concile de Jérusalem (Actes 15), interviennent :
Pierre ;
Paul ;
Barnabas ;
Jacques ;
les anciens ;
l'ensemble de l'Église de Jérusalem.
La décision finale est ensuite adressée à toutes les Églises.
Le modèle présenté est donc celui d'une autorité exercée en communion, sous la direction du Saint-Esprit, plutôt que celui d'un gouvernement reposant sur une seule personne.
Après la Pentecôte, Luc résume la vie de la première Église :
« Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. »
Actes 2:42
Quatre piliers apparaissent :
l'enseignement apostolique ;
la communion fraternelle ;
la fraction du pain ;
la prière.
Aucune autre structure n'est encore mentionnée.
Durant les premiers chapitres des Actes, les apôtres dirigent directement l'Église. Ils :
enseignent ;
prêchent ;
accomplissent des miracles ;
règlent les conflits ;
disciplinent les membres (Actes 5) ;
organisent la mission.
Leur autorité est incontestée.
Lorsque les besoins matériels augmentent, les apôtres ne souhaitent pas abandonner leur ministère principal.
Ils déclarent :
« Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. »
Actes 6:2
Sept hommes sont alors choisis.
Le texte ne les appelle pas explicitement « diacres », mais leur fonction servira plus tard de modèle au diaconat.
Leurs responsabilités concernent principalement :
l'aide matérielle ;
la distribution aux veuves ;
l'organisation pratique.
Les apôtres conservent :
la prière ;
l'enseignement ;
la direction spirituelle.
Quelques années plus tard apparaissent les anciens (presbyteroi).
Paul et Barnabas :
« Désignèrent des anciens dans chaque Église. »
Actes 14:23
On les retrouve notamment :
Actes 11:30
Actes 15
Actes 20
Leur rôle consiste à conduire les Églises locales.
À ce stade :
aucun ancien n'est présenté comme supérieur aux autres ;
chaque Église possède plusieurs anciens.
Actes 15 décrit la première grande crise doctrinale.
Une question divise les croyants : Les païens doivent-ils observer toute la loi de Moïse ? La décision est prise collectivement.
Participent :
les apôtres ;
les anciens ;
toute l'Église.
Pierre intervient.
Paul et Barnabas témoignent.
Jacques formule ensuite la décision finale qui sera envoyée aux Églises. Ce passage montre un fonctionnement collégial plutôt qu'une décision prise par un seul dirigeant.
L'Église envoie des missionnaires. Paul établit des Églises. À chaque fondation, il met en place des responsables locaux avant de poursuivre son voyage. On observe donc un modèle de multiplication :
Église → mission → nouvelles Églises → anciens locaux.
L'Église catholique voit dans les Actes les premiers éléments de la future hiérarchie ecclésiastique.
Elle souligne notamment :
l'autorité particulière de Pierre ;
le rôle de Jacques à Jérusalem ;
les anciens comme origine du sacerdoce ;
les diacres comme premier degré du ministère ordonné.
Selon cette lecture, l'épiscopat monarchique (un évêque à la tête de chaque Église locale) se développera naturellement à partir de ces fondements apostoliques.
Les Églises protestantes et évangéliques répondent que plusieurs éléments caractéristiques des structures actuelles ne sont pas visibles dans le livre des Actes :
aucun pape ;
aucun évêque universel ;
aucun diocèse ;
aucune distinction entre clergé et laïcs comparable à celle des siècles suivants ;
aucun sacerdoce distinct du peuple chrétien ;
aucune hiérarchie centralisée.
Elles soulignent également que les décisions importantes sont souvent prises collectivement.
Les Églises orthodoxes reconnaissent elles aussi un développement progressif.
Elles mettent davantage l'accent sur :
la collégialité ;
la succession apostolique ;
la communion entre les évêques,
plutôt que sur une autorité universelle d'un seul évêque.
Elle possède déjà :
des responsables ;
une discipline ;
des ministères ;
une gestion financière ;
des réunions régulières ;
des décisions communes.
Cependant, cette organisation reste relativement simple.
Le livre montre une évolution progressive. Au début seuls les apôtres dirigent. Puis apparaissent :
les Sept (Actes 6) ;
les anciens ;
les envoyés missionnaires ;
les prophètes ;
les enseignants.
L'organisation grandit avec l'expansion de l'Église.
Pierre occupe indéniablement une place de premier plan dans les premiers chapitres :
il prêche à la Pentecôte ;
il ouvre l'Évangile aux Juifs ;
puis aux Samaritains ;
enfin aux païens chez Corneille.
Cependant, plusieurs observations méritent d'être soulignées :
Pierre n'est pas présenté comme gouvernant seul l'ensemble de l'Église.
À Jérusalem, Jacques semble exercer une autorité importante sur l'Église locale (Actes 15 ; 21).
Paul agit avec une grande autonomie dans sa mission auprès des nations.
Les décisions majeures sont prises avec les apôtres et les anciens.
Le livre des Actes montre donc une primauté de Pierre dans certaines circonstances, mais ne décrit pas explicitement une fonction de chef universel ou de pape telle qu'elle sera définie plusieurs siècles plus tard. Les Églises catholique, orthodoxe et protestantes interprètent différemment cette évolution.
Le livre des Actes montre clairement une Église conduite par le Saint-Esprit , une forte autorité des apôtres , la création de communautés locales , la nomination d'anciens dans chaque Église , l'apparition de serviteurs chargés des besoins matériels (les Sept) , des décisions prises en communion entre les responsables , une priorité donnée à la prédication de l'Évangile, à l'enseignement, à la prière et à la communion fraternelle.
En revanche, le livre ne décrit pas explicitement :
un évêque de Rome exerçant une autorité universelle ;
un pape ;
des diocèses au sens ultérieur ;
une hiérarchie ecclésiastique pleinement développée ;
une liturgie uniforme imposée à toutes les Églises.
Ces éléments apparaîtront progressivement dans les siècles suivants. Leur interprétation fait l'objet de divergences entre les traditions chrétiennes : l'Église catholique y voit un développement légitime de la structure apostolique, tandis que de nombreuses Églises protestantes et évangéliques estiment qu'ils dépassent le modèle observable dans le livre des Actes. Cette distinction entre le témoignage biblique et les développements historiques est essentielle pour une étude rigoureuse de l'histoire de l'Église.
Dans le Nouveau Testament, les ministères et les dons spirituels ne sont pas présentés comme des titres destinés à élever certains croyants au-dessus des autres, mais comme des fonctions données par Dieu pour édifier l'Église, servir les saints et rendre témoignage à Jésus-Christ.
Paul écrit :
« À chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour le bien commun. »
1 Corinthiens 12:7
Et encore :
« C'est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme bergers et enseignants, pour former les saints aux tâches du service en vue de l'édification du corps de Christ. »
Éphésiens 4:11-12
À l'origine, les ministères et les dons spirituels avaient donc pour but de rendre l'Église vivante, missionnaire, équilibrée et dépendante du Saint-Esprit.
Dans le livre des Actes et les épîtres, on observe plusieurs réalités. Les apôtres annoncent l'Évangile, fondent les Églises, établissent la doctrine et témoignent de la résurrection du Christ. Les prophètes exhortent, avertissent, encouragent et parlent sous l'inspiration de Dieu, sans pour autant remplacer l'autorité des Écritures. Les évangélistes annoncent la Bonne Nouvelle et contribuent à l'expansion missionnaire de l'Église. Les anciens, aussi appelés responsables ou évêques selon les textes, prennent soin des communautés locales, veillent sur la doctrine et protègent le troupeau. Les diacres ou serviteurs répondent aux besoins pratiques, matériels et communautaires.
Les dons spirituels, quant à eux, sont distribués souverainement par le Saint-Esprit. Ils incluent l'enseignement, le service, l'encouragement, la générosité, la miséricorde, mais aussi les guérisons, les miracles, la prophétie, les langues et le discernement des esprits.
Le Nouveau Testament ne présente donc pas une Église uniquement administrative. Il décrit une Église animée par l'Esprit, où la doctrine, la mission, le service, la sainteté et les manifestations spirituelles doivent fonctionner ensemble.
L'Église catholique enseigne officiellement que les charismes existent encore. Le Catéchisme affirme que les charismes, qu'ils soient extraordinaires ou simples, sont des grâces de l'Esprit Saint données pour le bien de l'Église. Il précise aussi qu'ils doivent être reçus avec reconnaissance, mais discernés par les prêtres de l'Église.
Cependant, dans la pratique actuelle, les dons tels que la guérison, la prophétie, les langues ou les paroles de connaissance ne sont généralement pas au centre de la vie paroissiale ordinaire. Ils sont reconnus de manière plus exceptionnelle, souvent à travers des sanctuaires, des témoignages de miracles, des mouvements charismatiques catholiques ou encore les procédures de béatification et de canonisation.
La tension biblique soulevée par les évangéliques et les pentecôtistes est la suivante : dans les Actes, les dons spirituels sont présents dans la vie missionnaire de l'Église, alors que dans la pratique catholique courante, ils semblent souvent déplacés vers l'exceptionnel, le contrôlé ou le posthume. La doctrine affirme leur continuité, mais la pratique ordinaire les rend beaucoup moins visibles.
Les Églises orthodoxes reconnaissent également l'action actuelle du Saint-Esprit. Elles insistent fortement sur la sanctification, la prière, la liturgie, les sacrements, la vie ascétique et le discernement spirituel.
Dans la pratique, les dons extraordinaires ne sont pas généralement recherchés publiquement comme dans les milieux pentecôtistes. Ils sont davantage associés à la sainteté, aux pères spirituels, aux anciens, à certains moines ou à des figures reconnues pour leur vie de prière.
La tension biblique est proche de celle observée dans le catholicisme : les dons ne sont pas officiellement niés, mais leur expression ordinaire dans l'assemblée locale est beaucoup moins visible que dans le modèle des Actes ou de 1 Corinthiens 12 à 14.
Les Églises issues de la Réforme, notamment luthériennes et réformées, reconnaissent les dons spirituels, mais mettent surtout l'accent sur la prédication de la Parole, les sacrements, l'enseignement, le service et la conduite pastorale.
Beaucoup de courants protestants historiques considèrent que les dons miraculeux avaient une fonction particulière dans la période apostolique : confirmer le message des apôtres et accompagner la fondation de l'Église. Certains documents luthériens traitent par exemple du mouvement charismatique avec prudence, notamment sur le parler en langues, la guérison miraculeuse et le baptême dans le Saint-Esprit.
La tension biblique soulevée par les continuationnistes est que le Nouveau Testament n'affirme jamais explicitement que les dons miraculeux doivent cesser avec la mort des apôtres. Les continuationnistes invoquent notamment 1 Corinthiens 13:8-12 et Jean 14:12.
« Celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers mon Père. »
Jean 14:12
Les cessationnistes répondent que les « œuvres plus grandes » désignent surtout l'expansion mondiale de l'Évangile après la Pentecôte, et non forcément la continuation de tous les miracles.
Dans beaucoup d'Églises évangéliques classiques, les ministères reconnus sont surtout ceux de pasteur, ancien, diacre, évangéliste, enseignant ou responsable d'œuvre.
La Bible est considérée comme l'autorité finale, et les dons doivent être soumis au discernement doctrinal. Dans la pratique, les dons de service, d'enseignement, d'encouragement, de direction et d'évangélisation sont largement reconnus. En revanche, les dons miraculeux sont parfois peu pratiqués, même lorsqu'ils ne sont pas officiellement niés.
La tension biblique est la suivante : ces Églises affirment souvent croire à l'action du Saint-Esprit, mais dans la pratique, elles peuvent fonctionner presque uniquement par l'enseignement, l'organisation, la prédication et les programmes, avec peu de place laissée aux manifestations spirituelles mentionnées dans 1 Corinthiens 12 à 14.
Les Églises pentecôtistes et charismatiques enseignent que les dons spirituels sont encore actuels. Elles considèrent que le livre des Actes n'est pas seulement un récit historique, mais aussi un modèle de vie spirituelle pour l'Église.
Les Assemblées de Dieu, par exemple, enseignent que le baptême dans le Saint-Esprit demeure actuel et qu'il donne une puissance particulière pour le témoignage chrétien.
Dans la pratique, ces Églises accordent une grande place à la prière, aux guérisons, aux prophéties, au parler en langues, aux paroles de connaissance et à l'action directe du Saint-Esprit.
La tension biblique soulevée par les autres traditions est le risque d'excès : prophéties non éprouvées, recherche du spectaculaire, confusion entre émotion et action de Dieu, abus d'autorité, faux apôtres, faux prophètes ou pression spirituelle sur les fidèles.
Or le Nouveau Testament demande clairement de discerner les manifestations spirituelles :
« N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais examinez tout et retenez ce qui est bon. »
1 Thessaloniciens 5:19-21
Ainsi, la position pentecôtiste a l'avantage de prendre au sérieux la continuité des dons, mais elle doit aussi répondre au danger biblique des dérives spirituelles.
À l'origine, les ministères et les dons spirituels devaient fonctionner dans un équilibre. L'Église devait être fondée sur l'enseignement des apôtres, conduite par le Saint-Esprit, structurée par des responsables fidèles, mais aussi vivante dans l'exercice des dons.
Le modèle biblique n'est donc ni une Église purement institutionnelle où tout dépend du clergé, ni une Église désordonnée où chacun prétend parler au nom de Dieu sans discernement.
L'Église du Nouveau Testament est à la fois :
doctrinale, parce qu'elle persévère dans l'enseignement des apôtres ;
spirituelle, parce qu'elle dépend du Saint-Esprit ;
communautaire, parce que les dons servent au bien commun ;
missionnaire, parce que les ministères équipent les saints pour annoncer l'Évangile ;
ordonnée, parce que les dons doivent être exercés avec discernement.
Aujourd'hui, chaque tradition a conservé une partie du modèle biblique, mais souvent au détriment d'une autre.
Les Églises catholique et orthodoxe ont conservé une forte continuité institutionnelle, mais les dons spirituels extraordinaires y sont généralement rares dans la vie ordinaire des fidèles.
Les Églises protestantes historiques ont fortement conservé l'autorité de la Parole, mais elles ont souvent réduit la place des manifestations spirituelles.
Les Églises évangéliques ont remis au centre la conversion personnelle, l'évangélisation et l'autorité biblique, mais certaines peuvent fonctionner de manière très administrative ou pastorale, avec peu de pratique des dons.
Les Églises pentecôtistes et charismatiques ont remis en lumière les dons spirituels, mais elles doivent constamment veiller au discernement, à l'ordre biblique et à la fidélité doctrinale.
La question centrale n'est donc pas seulement : « Les dons existent-ils encore ? » mais plutôt : l'Église actuelle reflète-t-elle l'équilibre biblique entre la Parole, l'Esprit, l'ordre, les ministères et l'édification du corps de Christ ?
Car dans le Nouveau Testament, les dons spirituels ne sont jamais donnés pour créer une élite spirituelle. Ils sont donnés pour servir, édifier, consoler, équiper et conduire l'Église dans la fidélité à Jésus-Christ.
Le Nouveau Testament enseigne que les dons ne proviennent ni des capacités humaines ni du mérite personnel.
Paul écrit :
« Il y a diversité de dons, mais le même Esprit. » (1 Corinthiens 12:4)
L'initiative appartient entièrement au Saint-Esprit.
« Un seul et même Esprit produit tous ces dons, les distribuant à chacun en particulier comme il le veut. » (1 Corinthiens 12:11)
Les dons ne peuvent donc être revendiqués comme un droit.
Le but premier des dons n'est jamais la mise en valeur du croyant.
Ils sont donnés :
pour édifier l'Église ;
pour servir les autres ;
pour annoncer l'Évangile ;
pour glorifier Dieu.
Paul rappelle :
« À chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour le bien commun. » (1 Corinthiens 12:7)
Le Nouveau Testament condamne toute utilisation des dons visant l'orgueil ou la recherche d'une position supérieure.
Non. Paul insiste sur la diversité. Il compare l'Église à un corps humain.
« Le corps ne se compose pas d'un seul membre, mais de plusieurs. » (1 Corinthiens 12:14)
Chaque croyant reçoit des dons différents. Il pose même plusieurs questions rhétoriques :
« Tous sont-ils apôtres ? Tous sont-ils prophètes ? Tous sont-ils docteurs ? (...) Tous parlent-ils en langues ? » (1 Corinthiens 12:29-30)
La réponse implicite est non.
Le Nouveau Testament présente plusieurs listes qui ne sont probablement pas exhaustives.
Parmi les dons cités :
sagesse ;
connaissance ;
foi ;
guérisons ;
miracles ;
prophétie ;
discernement des esprits ;
diverses langues ;
interprétation des langues (1 Corinthiens 12).
Romains 12 ajoute :
le service ;
l'enseignement ;
l'encouragement ;
la générosité ;
la présidence ;
la miséricorde.
Éphésiens 4:11 déclare :
« C'est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme bergers et enseignants. »
Ces ministères poursuivent un objectif précis :
« Pour former les saints aux tâches du service en vue de l'édification du corps de Christ. » (Éphésiens 4:12)
Ils ne sont donc pas présentés comme des titres honorifiques, mais comme des fonctions destinées à équiper l'ensemble de l'Église.
Il s'agit probablement du sujet le plus débattu.
L'Église catholique enseigne que les Douze avaient une mission unique et fondatrice.
Cette mission se prolonge aujourd'hui non par de nouveaux apôtres, mais par les évêques, considérés comme leurs successeurs dans la succession apostolique.
Elle ne reconnaît donc pas de nouveaux apôtres au sens du Nouveau Testament.
Les orthodoxes tiennent une position similaire.
Les apôtres demeurent le fondement historique de l'Église.
Les évêques assurent leur continuité.
La majorité des Églises issues de la Réforme considère que le ministère apostolique appartenait au fondement de l'Église (Éphésiens 2:20).
Il n'existe donc plus aujourd'hui d'apôtres ayant la même autorité que ceux du premier siècle.
Certaines Églises estiment que le ministère apostolique mentionné dans Éphésiens 4 demeure actuel.
Elles distinguent généralement les Douze, dont l'autorité est unique et irrépétable, des apôtres contemporains, qui seraient des pionniers d'œuvres nouvelles, des implanteurs d'Églises ou des responsables exerçant un ministère d'autorité sans ajouter de nouvelles révélations aux Écritures.
Toutes les Églises charismatiques ne partagent toutefois pas cette compréhension, et l'étendue de l'autorité attribuée aux « apôtres » contemporains varie fortement d'un mouvement à l'autre.
Deux grandes positions existent.
Les cessationnistes invoquent notamment :
Hébreux 2:3-4 ;
2 Corinthiens 12:12.
Ils estiment que les miracles confirmaient principalement le ministère apostolique.
Les continuationnistes répondent que :
aucun texte n'annonce explicitement la disparition des dons avant le retour du Christ ;
1 Corinthiens 13:8-12 situe la disparition de certains dons au moment où « nous verrons face à face », expression que beaucoup comprennent comme une référence au retour du Seigneur ;
Jésus lui-même a déclaré que ceux qui croiraient en lui accompliraient encore son œuvre par la puissance du Saint-Esprit :
« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers mon Père. »
Jean 14:12 (S21)
Les continuationnistes interprètent ce verset comme l'annonce de la poursuite de l'action surnaturelle de Dieu à travers l'Église après l'ascension de Jésus. Ils soulignent toutefois que l'expression « de plus grandes » ne signifie pas nécessairement des miracles plus impressionnants que ceux du Christ, mais peut désigner une œuvre plus étendue, rendue possible par l'envoi du Saint-Esprit à l'ensemble des croyants et par la diffusion mondiale de l'Évangile.
Le livre des Actes montre une Église particulièrement riche en manifestations spirituelles.
Les miracles, les guérisons, les prophéties, les délivrances et les interventions surnaturelles accompagnent régulièrement la proclamation de l'Évangile.
Cependant, il convient d'observer que le Nouveau Testament insiste davantage sur le but des dons que sur leur fréquence.
Les dons servent avant tout à édifier l'Église et à annoncer l'Évangile. Ils ne sont jamais présentés comme une preuve automatique de maturité spirituelle.
Paul rappelle d'ailleurs aux Corinthiens, qui manifestaient pourtant de nombreux dons, qu'ils demeuraient charnels et divisés (1 Corinthiens 3:1-3). Les dons spirituels ne constituent donc pas, à eux seuls, un critère de fidélité ou de sainteté.
Au cours des siècles, l'accent mis sur les dons spirituels a beaucoup varié. Les premiers écrivains chrétiens rapportent encore l'existence de prophéties, de guérisons et d'autres manifestations extraordinaires, bien qu'ils semblent les décrire comme moins fréquentes qu'à l'époque apostolique. À partir du IVᵉ siècle, les témoignages deviennent plus rares, tandis que l'organisation institutionnelle de l'Église prend une place croissante.
Le XXᵉ siècle voit naître le mouvement pentecôtiste, puis le mouvement charismatique, qui remettent au premier plan les dons spirituels décrits dans le Nouveau Testament. Cette évolution entraîne un renouvellement théologique important, mais aussi de nombreux débats sur la manière d'interpréter les textes bibliques et d'exercer ces dons.
Ce qui est explicitement attesté dans les Écritures est que le Saint-Esprit distribue souverainement des dons pour l'édification de l'Église, que tous les croyants ne reçoivent pas les mêmes dons et que les ministères sont donnés pour équiper le peuple de Dieu. En revanche, la question de savoir si tous les ministères et tous les dons extraordinaires se poursuivent aujourd'hui dans les mêmes conditions qu'au premier siècle demeure un sujet de divergence entre les différentes traditions chrétiennes.
L'une des questions les plus débattues concernant l'Église primitive est la manière dont les premières assemblées se déroulaient concrètement. Le Nouveau Testament ne fournit pas un « manuel liturgique » décrivant chaque réunion dans les moindres détails. En revanche, il offre suffisamment d'informations pour dégager plusieurs principes fondamentaux.
Comme pour les autres sujets de ce dossier, nous distinguerons ce qui est explicitement attesté dans les Écritures, la manière dont les différentes confessions interprètent ces textes, les objections formulées par les autres traditions et l'évolution historique des pratiques.
L'Église catholique enseigne que la messe est le centre de la vie chrétienne. Elle comprend principalement deux grandes parties : la liturgie de la Parole (lectures bibliques, psaume, Évangile, homélie, profession de foi et prière universelle) et la liturgie eucharistique, au cours de laquelle le pain et le vin sont consacrés. Cette célébration est présidée par un prêtre, qui agit au nom du Christ.
L'Église considère que cette liturgie s'inscrit dans la continuité de la tradition apostolique. Toutefois, la forme précise de la messe telle qu'elle est célébrée aujourd'hui est le fruit d'un développement progressif au cours des siècles.
La liturgie eucharistique est la deuxième grande partie de la messe catholique (la première étant la liturgie de la Parole). C'est le moment où, selon la doctrine catholique, le pain et le vin sont consacrés et deviennent le Corps et le Sang du Christ (transsubstantiation), puis sont distribués aux fidèles lors de la communion.
Elle comprend plusieurs étapes principales :
La préparation des dons (Offertoire)
Le pain et le vin sont apportés à l'autel.
Le prêtre les présente à Dieu avec des prières spécifiques.
Une quête peut être effectuée.
Le prêtre peut encenser les offrandes, l'autel, puis les fidèles lors des célébrations solennelles.
Il se lave ensuite les mains (lavabo), en récitant une prière.
La prière eucharistique
C'est le cœur de la messe.
Elle comprend :
le dialogue d'ouverture (« Le Seigneur soit avec vous… ») ;
la préface, qui rend grâce à Dieu ;
le Sanctus (« Saint, Saint, Saint le Seigneur… ») ;
l'épiclèse : le prêtre invoque l'Esprit Saint sur le pain et le vin ;
le récit de l'institution, où il reprend les paroles de Jésus lors de la Cène (« Ceci est mon corps… Ceci est mon sang… ») ;
l'anamnèse, qui fait mémoire de la mort et de la résurrection du Christ ;
les intercessions pour l'Église, le pape, l'évêque, les vivants et les défunts ;
la doxologie finale (« Par Lui, avec Lui et en Lui… »), à laquelle l'assemblée répond « Amen ».
Le rite de la communion
Le Notre Père.
Le rite de la paix.
La fraction du pain.
L'Agnus Dei (« Agneau de Dieu… »).
La communion des prêtres puis des fidèles.
Un temps de silence ou un chant d'action de grâce.
La prière après la communion.
Les catholiques fondent cette partie de la messe principalement sur plusieurs passages :
La Dernière Cène :
Matthieu 26.26-29
Marc 14.22-25
Luc 22.19-20
1 Corinthiens 11.23-26
Le discours sur le pain de vie :
Jean 6.51-58
La fraction du pain dans l'Église primitive :
Actes 2.42
Actes 20.7
Le déroulement officiel de la messe est fixé par le Missel romain (livre officiel contenant les prières et le déroulement de la messe), ce livre liturgique est le recceuil officiel de l'Église catholique de rite latin. Ce missel rassemble les prières, les rites, les rubriques (c'est-à-dire les indications sur les gestes et les paroles du célébrant), ainsi que les différentes célébrations de l'année liturgique.
Le Missel romain est préparé par le Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, un organisme du Saint-Siège chargé des questions liturgiques. Les révisions sont ensuite approuvées par le pape, qui promulgue officiellement chaque nouvelle édition. Les conférences épiscopales de chaque pays réalisent ensuite les traductions dans les langues locales, lesquelles doivent également recevoir l'approbation du Saint-Siège.
Contrairement aux livres bibliques, le Missel n'est pas réédité selon une périodicité fixe. Il est révisé lorsque l'autorité de l'Église le juge nécessaire. Depuis le Concile Vatican II (1962-1965), plusieurs éditions typiques ont été publiées : en 1970, 1975, 2002, puis une troisième édition révisée en 2008. Les traductions françaises ont ensuite été mises à jour, la plus récente étant entrée en vigueur en France en 2021.
En pratique, l'organisation de la messe n'est donc pas laissée à la libre initiative de chaque prêtre. Celui-ci célèbre selon les normes du Missel romain et les directives de son évêque diocésain. Si certaines adaptations locales sont possibles (choix des chants, de certaines prières, de la musique ou de quelques options prévues par le Missel), la structure générale de la célébration demeure identique dans l'ensemble de l'Église catholique de rite latin.
Du point de vue des autres traditions chrétiennes, cette organisation suscite des appréciations différentes. Les Églises catholique et orthodoxe y voient une garantie de l'unité doctrinale et liturgique de l'Église universelle. À l'inverse, de nombreux protestants et évangéliques soulignent que le Nouveau Testament ne mentionne ni un missel universel ni une liturgie fixée par une autorité centrale. Ils observent que les premières assemblées décrites dans les Actes et les épîtres semblent fonctionner avec davantage de spontanéité, tout en restant ordonnées sous la conduite du Saint-Esprit (1 Corinthiens 14:26-40). Ils considèrent donc que la structure actuelle de la messe relève d'un développement historique de la tradition ecclésiale plutôt que d'une prescription explicitement attestée dans les Écritures.
Cette version s'inscrit dans ta méthodologie : elle distingue clairement ce que l'Église catholique enseigne, qui prend les décisions, ce qui est historiquement développé et les objections bibliques formulées par les autres traditions.
Les Églises orthodoxes considèrent que la Divine Liturgie constitue le cœur de la vie de l'Église. Contrairement à une idée répandue, il n'existe pas une seule liturgie orthodoxe, mais plusieurs formes reconnues, dont les plus courantes sont la Liturgie de saint Jean Chrysostome, célébrée la majeure partie de l'année, et la Liturgie de saint Basile le Grand, utilisée à certaines grandes fêtes et durant une partie du Carême. Ces liturgies ont pris leur forme actuelle entre le IVᵉ et le VIIIᵉ siècle, même si l'Église orthodoxe considère qu'elles sont l'héritage vivant de la tradition apostolique.
Le déroulement de la célébration n'est pas laissé à l'initiative du célébrant. Il est fixé par plusieurs livres liturgiques officiels, notamment le Liturgikon (qui contient les prières et le déroulement de la Divine Liturgie), l'Euchologion (qui rassemble les prières des différents sacrements et bénédictions) et le Typikon (qui détermine l'ordre des offices, les lectures bibliques, les chants et les célébrations selon les jours de l'année liturgique). Ces livres sont conservés et adaptés sous l'autorité des évêques de chaque Église orthodoxe autocéphale (Constantinople, Antioche, Russie, Grèce, Roumanie, etc.), chacune étant dirigée par son propre Saint-Synode.
En pratique, la Divine Liturgie est très stable. Les fidèles retrouvent presque toujours la même structure : des psaumes, des lectures bibliques, des litanies (prières dialoguées au cours desquelles le diacre ou le prêtre présente une série d'intentions de prière auxquelles l'assemblée répond, par exemple : « Seigneur, prends pitié » ou « Kyrie eleison »), des chants liturgiques, des encensements (le célébrant fait brûler de l'encens dans un encensoir qu'il balance devant l'autel, les icônes, l'Évangile, les fidèles ou certaines personnes. Dans la tradition orthodoxe, l'encens symbolise notamment les prières qui montent vers Dieu, selon le Psaume 141:2 et Apocalypse 8:3-4), la célébration de l'Eucharistie, puis la bénédiction finale.
La participation des fidèles est importante par les chants, les réponses liturgiques et la prière commune, mais la célébration demeure conduite par le prêtre ou l'évêque.
Du point de vue historique, cette forme liturgique n'est pas décrite dans le Nouveau Testament sous sa forme actuelle. Les Églises orthodoxes considèrent toutefois qu'elle constitue le développement naturel de la pratique des premières communautés, guidée par le Saint-Esprit et transmise fidèlement par les Pères de l'Église.
Les protestants et les évangéliques objectent que les Actes des Apôtres et les épîtres ne décrivent ni une liturgie aussi développée, ni l'usage des icônes, des encensements, des longues prières fixes ou des vêtements liturgiques actuels. Ils estiment que ces éléments relèvent d'un développement historique de la tradition ecclésiale plutôt que d'institutions explicitement établies par les apôtres.
Les Églises orthodoxes répondent que le Nouveau Testament n'avait pas pour vocation de rédiger un manuel liturgique exhaustif. Elles s'appuient notamment sur 2 Thessaloniciens 2:15 (« Ainsi donc, frères, demeurez fermes et retenez les traditions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre ») pour affirmer que les apôtres ont transmis à l'Église, outre leurs écrits, une Tradition vivante qui s'est conservée dans la liturgie, la prière et la vie de l'Église sous la conduite du Saint-Esprit.
Les Églises catholique et orthodoxe possèdent une organisation centralisée ou synodale clairement définie, des textes officiels, des livres liturgiques reconnus et une doctrine dont les sources sont relativement faciles à identifier. Il est donc possible de présenter leur position de manière assez précise en s'appuyant sur leurs documents de référence.
Concernant les Églises protestantes, évangéliques, pentecôtistes et charismatiques, l'exercice est plus délicat. Ces appellations regroupent en réalité un très grand nombre de dénominations, d'unions d'Églises, de fédérations et de communautés locales, dont certaines partagent des convictions communes tandis que d'autres présentent des différences parfois importantes sur des questions doctrinales, liturgiques ou organisationnelles.
Par souci de rigueur, il serait impossible de présenter individuellement chacune de ces dénominations dans le cadre de ce dossier. Nous nous attacherons donc à exposer les grandes positions théologiques qui caractérisent ces familles d'Églises, en précisant, lorsque cela sera nécessaire, les principales nuances ou divergences internes.
Notre objectif ne sera jamais de généraliser abusivement ni de laisser entendre qu'une pratique est universellement partagée lorsqu'elle ne l'est pas. À chaque fois que cela sera possible, nous distinguerons la doctrine officiellement enseignée par une dénomination, la pratique la plus couramment observée sur le terrain et les éventuelles différences existant entre les diverses branches d'un même courant.
Comme pour les autres traditions chrétiennes, chaque étude suivra la même méthode :
les fondements bibliques invoqués ;
la position officiellement enseignée lorsqu'elle existe ;
la pratique généralement observée aujourd'hui ;
les objections formulées par les autres traditions chrétiennes avec leurs arguments bibliques ;
les réponses apportées par la tradition concernée ;
enfin, une analyse historique permettant de distinguer ce qui est explicitement attesté dans les Écritures, ce qui est confirmé par les premiers témoins de l'Église et ce qui relève d'un développement progressif au cours de l'histoire.
Cette méthode comparative permettra d'examiner chaque position avec la même exigence historique, biblique et documentaire, sans privilégier une confession au détriment d'une autre et en distinguant autant que possible les faits historiquement établis des interprétations théologiques qui en sont faites.
« Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. »
Éphésiens 2:20
Aujourd'hui, de nombreuses Églises affirment exercer une autorité héritée des apôtres. Certaines parlent de succession apostolique, d'autres reconnaissent encore des apôtres contemporains, tandis que d'autres considèrent que le ministère apostolique était propre aux premiers témoins de Jésus-Christ. Avant d'examiner ces positions, une question fondamentale doit être posée :
Qu'est-ce qu'un apôtre selon le Nouveau Testament ?
Pour y répondre, nous reviendrons aux textes bibliques afin d'étudier leur appel, leur mission, leur autorité et les limites de leur ministère.
Le sens du mot « apôtre »
Le mot grec est ἀπόστολος (apostolos).
Il signifie :
envoyé ;
délégué ;
ambassadeur ;
représentant investi d'une autorité.
Dans le monde grec, un apostolos pouvait désigner un envoyé officiel chargé d'une mission précise.
Jésus reprend ce terme pour désigner ceux qu'il choisit personnellement.
Qui choisit les apôtres ?
Le premier constat est frappant. Jamais un homme ne devient apôtre par élection humaine. Toujours, c'est Jésus qui appelle.
Marc 3:13-14 « Il appela ceux qu'il voulut... Il en établit douze pour les avoir avec lui et pour les envoyer prêcher. »
Les Douze ne présentent pas leur candidature. Ils ne sont pas élus. Ils sont appelés. Même Paul dira :
Galates 1:1 « Paul, apôtre, non de la part des hommes ni par un homme, mais par Jésus-Christ... »
L'origine de leur autorité est donc exclusivement divine.
Pourquoi Jésus choisit-il douze apôtres ?
Le nombre n'est pas choisi au hasard. Israël comptait douze tribus. Jésus constitue un nouveau peuple de Dieu. Il choisit donc douze représentants. Il leur promet :
Matthieu 19:28 : « Vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. »
Les Douze ont donc une fonction unique dans l'histoire du salut.
Les conditions pour être apôtre
Le remplacement de Judas est particulièrement instructif. Dans Actes 1, Pierre fixe plusieurs critères. Le candidat devait :
avoir accompagné Jésus depuis le baptême de Jean ;
avoir été témoin de toute sa vie publique ;
avoir vu Jésus ressuscité.
Actes 1:21-22
Ces critères montrent que les Douze étaient des témoins directs de Jésus.
Ils pouvaient dire : « Nous avons vu. »
Ils ne transmettaient pas une tradition de seconde main.
Paul est-il une exception ?
Oui ! Paul n'a pas accompagné Jésus pendant son ministère terrestre. Mais il affirme avoir été choisi directement par le Christ ressuscité. Il écrit :
1 Corinthiens 9:1 : « N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur ? »
Puis :
1 Corinthiens 15:8 : « Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi... »
Paul considère cette apparition comme la base de son apostolat. Il ajoute même :
« En dernier lieu... »
Cette expression mérite une étude particulière. Elle pourrait suggérer que cette série d'apparitions fondatrices est close. Nous reviendrons sur cette question lorsque nous aborderons les apôtres contemporains.
L'autorité des apôtres
Les apôtres ne sont pas de simples prédicateurs. Ils reçoivent une autorité exceptionnelle.
Ils :
fondent les Églises ;
établissent des anciens ;
règlent les conflits doctrinaux ;
écrivent une partie du Nouveau Testament ;
accomplissent des miracles ;
parlent avec une autorité reconnue.
Paul écrit :
2 Corinthiens 13:10 : « L'autorité que le Seigneur m'a donnée pour édifier... »
Cette autorité vient directement de Jésus.
Les apôtres étaient-ils infaillibles ?
Il faut distinguer deux choses. Leur personne. Et leur enseignement inspiré. Par exemple :
Pierre commet plusieurs erreurs.
Il manque de foi. Il renie Jésus. Plus tard, Paul le reprend publiquement. "Galates 2"
Pierre peut donc se tromper dans son comportement. En revanche, lorsque les apôtres transmettent la doctrine inspirée, l'Église reconnaît cette parole comme faisant autorité.
Les apôtres étaient-ils au-dessus des Écritures ?
Au contraire. Ils accomplissent les Écritures. Ils expliquent les Écritures. Ils annoncent Christ conformément aux Écritures. Jamais ils ne prétendent enseigner contre elles.
Leur mission était-elle transmissible ?
Voici une des grandes questions de l'histoire de l'Église. Deux positions existent.
Les apôtres transmettent leur autorité aux évêques. On parle de succession apostolique. L'autorité doctrinale continue ainsi jusqu'à aujourd'hui.
Le ministère pastoral continue. Mais pas le ministère apostolique. Les apôtres avaient une mission fondatrice unique.
Éphésiens 2:20 : « Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres... »
Un fondement se pose une seule fois. On ne repose pas les fondations à chaque génération.
Les apôtres existent-ils encore aujourd'hui ?
C'est l'une des questions les plus débattues.
Certaines Églises pentecôtistes ou apostoliques reconnaissent aujourd'hui des ministères d'apôtres, en s'appuyant notamment sur Éphésiens 4:11, où Christ donne à l'Église « les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les enseignants ».
D'autres Églises estiment que ce texte décrit les dons que Christ a donnés à son Église, mais que le ministère des apôtres au sens fondateur était limité aux témoins choisis par Jésus. Elles soulignent notamment les critères d'Actes 1:21-22, l'appel direct de Paul par le Christ ressuscité et son expression « en dernier lieu » (1 Corinthiens 15:8).
Cette question fera l'objet d'un chapitre spécifique, où seront étudiés les textes invoqués par chaque position.
Conclusion
L'étude du Nouveau Testament met en évidence plusieurs points largement reconnus :
Les Douze ont été choisis directement par Jésus.
Leur autorité ne reposait ni sur une élection populaire ni sur une institution humaine.
Ils étaient des témoins directs de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ.
Leur ministère a joué un rôle fondateur dans l'établissement de l'Église.
En revanche, la manière dont cette autorité se prolonge après leur mort fait l'objet de désaccords importants entre les différentes confessions chrétiennes. Les chapitres suivants examineront ces positions en détail, en confrontant leurs arguments historiques et bibliques.
Annexe au chapitre 5
Les apôtres après le Nouveau Testament et la transmission de leur autorité
Le Nouveau Testament ne raconte pas la fin de la vie de la plupart des apôtres. Le livre des Actes se concentre principalement sur Pierre durant ses premiers chapitres, puis sur le ministère de Paul. Il ne constitue donc pas une biographie complète des Douze.
Pour reconstituer ce qu’ils sont devenus, nous disposons de plusieurs catégories de sources, dont la valeur historique n’est pas identique :
Les écrits du Nouveau Testament, qui constituent les sources chrétiennes les plus anciennes.
Les écrits des Pères apostoliques, rédigés à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle.
Les historiens chrétiens anciens, notamment Eusèbe de Césarée au IVe siècle.
Les actes apocryphes et les traditions ecclésiastiques tardives, qui peuvent préserver une mémoire ancienne, mais contiennent aussi des éléments légendaires.
Il faut donc éviter deux erreurs opposées :
rejeter automatiquement toute tradition extérieure au Nouveau Testament ;
considérer comme historiquement certain tout récit ancien concernant les apôtres.
La formule la plus rigoureuse consiste à préciser, pour chaque information, son degré d’attestation.
Judas livre Jésus aux autorités, puis meurt après sa trahison. Matthieu rapporte qu’il se pendit après avoir rendu les trente pièces d’argent :
Matthieu 27:5 « Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira et alla se pendre. »
Actes 1 présente sa mort avec d’autres détails et souligne surtout que sa place parmi les Douze devait être confiée à un autre témoin. Judas est donc le premier membre du groupe apostolique dont la mort est rapportée dans le Nouveau Testament.
Après la mort de Judas, environ cent vingt disciples se réunissent. Pierre explique que le remplaçant doit avoir accompagné Jésus depuis le baptême de Jean jusqu’à l’ascension et pouvoir devenir témoin de sa résurrection.
Deux hommes sont présentés : Joseph appelé Barsabbas et Matthias. Après la prière et le tirage au sort, Matthias est associé aux onze apôtres.
Actes 1:26 « Le sort tomba sur Matthias, qui fut associé aux onze apôtres. »
Le Nouveau Testament ne donne ensuite aucune autre information explicite sur son ministère ou sur sa mort.
Jacques, frère de Jean, est le seul membre des Douze dont le martyre est directement raconté dans le livre des Actes.
Actes 12:1-2 « À cette époque-là, le roi Hérode se mit à maltraiter des membres de l’Église, et il fit mourir par l’épée Jacques, le frère de Jean. »
Cet événement eut lieu sous Hérode Agrippa Ier, au début des années 40. La mort de Jacques montre que l’autorité apostolique ne protégeait pas les apôtres de la persécution. Leur fidélité au Christ pouvait au contraire les conduire au martyre.
Le Nouveau Testament ne raconte pas directement la mort de Pierre. Jésus lui annonce cependant qu’il connaîtra une mort par laquelle il glorifiera Dieu :
Jean 21:18-19 « Quand tu seras vieux, tu étendras les mains et un autre te conduira là où tu ne voudras pas. Jésus dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révélerait la gloire de Dieu. »
La première épître de Pierre présente également l’apôtre comme conscient de l’approche de sa mort :
2 Pierre 1:14 « Je sais que je quitterai bientôt cette tente, comme notre Seigneur Jésus-Christ me l’a fait connaître. »
La tradition ancienne situe généralement son martyre à Rome, sous le règne de Néron. Eusèbe rapporte qu’il aurait été crucifié la tête en bas, mais ce détail ne se trouve pas dans le Nouveau Testament et doit être présenté comme une tradition ancienne, non comme un fait bibliquement établi.
Jean apparaît régulièrement aux côtés de Pierre dans les premiers chapitres des Actes. Paul le décrit comme l’une des « colonnes » de l’Église de Jérusalem :
Galates 2:9 « Jacques, Céphas et Jean, qui étaient considérés comme des colonnes… »
L’Apocalypse présente son auteur comme exilé sur l’île de Patmos « à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus-Christ » : Apocalypse 1:9 Une ancienne tradition associe ensuite Jean à l’Asie Mineure et particulièrement à Éphèse. Eusèbe rapporte qu’il aurait vécu et serait mort à Éphèse. Cette tradition est relativement ancienne, mais les détails précis de la fin de sa vie ne peuvent pas être entièrement vérifiés.
Contrairement à de nombreux autres apôtres, Jean est généralement présenté par la tradition comme étant mort de vieillesse plutôt que comme martyr.
Paul ne fait pas partie des Douze, mais le Nouveau Testament le reconnaît comme apôtre appelé directement par Jésus-Christ.
Le livre des Actes se termine alors qu’il est prisonnier à Rome, annonçant librement le royaume de Dieu. Le texte ne raconte pas sa mort. Paul semble cependant savoir que son ministère touche à sa fin lorsqu’il écrit :
2 Timothée 4:6-7 « Pour ma part, en effet, je suis déjà comme sacrifié et le moment de mon départ approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai terminé la course, j’ai gardé la foi. »
La tradition chrétienne ancienne affirme qu’il fut exécuté à Rome sous Néron, vraisemblablement par décapitation. La tradition concernant son martyre à Rome est ancienne et constante, même si les circonstances exactes ne sont pas rapportées par le Nouveau Testament.
André était le frère de Pierre et l’un des premiers disciples appelés par Jésus. Le Nouveau Testament ne raconte pas ses missions après la Pentecôte. Eusèbe rapporte une tradition selon laquelle André aurait évangélisé la Scythie, région située au nord de la mer Noire. Une autre tradition situe son martyre à Patras, en Grèce.
La célèbre croix en forme de X, appelée « croix de saint André », appartient à une tradition plus tardive. Elle ne doit donc pas être présentée comme un fait historique certain.
Degré d’attestation : tradition ancienne, mais détails incertains.
Thomas est particulièrement connu pour avoir refusé de croire à la résurrection avant de voir Jésus, puis pour avoir confessé :
Jean 20:28 « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Selon Eusèbe, Thomas aurait reçu la Parthie comme champ de mission. Des traditions orientales le relient également à la Perse et à l’Inde. Les chrétiens appelés « chrétiens de saint Thomas », principalement établis dans le sud de l’Inde, font remonter leur origine à son ministère. Cette mémoire est très ancienne, mais il reste difficile de reconstituer historiquement chaque étape de son voyage. Une tradition affirme qu’il mourut martyr près de l’actuelle Chennai, transpercé par des lances.
Degré d’attestation : tradition ancienne et persistante, mais non démontrable dans tous ses détails.
Philippe ne doit pas être confondu avec Philippe l’évangéliste, l’un des sept serviteurs mentionnés dans Actes 6. L’apôtre Philippe apparaît notamment dans Jean 1, Jean 6, Jean 12 et Jean 14. Le Nouveau Testament ne raconte pas la suite de son ministère.
Une tradition ancienne l’associe à Hiérapolis, en Asie Mineure. Il y aurait exercé son ministère et y serait mort. Les récits de son martyre varient cependant selon les sources.
Degré d’attestation : association ancienne avec Hiérapolis ; manière de mourir incertaine.
Barthélemy apparaît dans les listes des Douze, mais le Nouveau Testament ne raconte aucun épisode particulier de son ministère. Certains l’identifient à Nathanaël, appelé par Jésus dans Jean 1, mais cette identification reste discutée.
Les traditions lui attribuent des missions très diverses : Arménie, Mésopotamie, Arabie, Éthiopie ou Inde. Les récits de sa mort divergent eux aussi fortement.
Il aurait, selon certaines traditions, été écorché vif puis exécuté. Toutefois, l’absence de témoignage ancien uniforme impose une grande prudence.
Degré d’attestation : traditions multiples et contradictoires.
Matthieu, également appelé Lévi dans certains récits, était collecteur d’impôts avant de suivre Jésus.
Le Nouveau Testament ne raconte pas son activité après les premiers chapitres des Actes. La tradition chrétienne lui attribue l’Évangile selon Matthieu, même si la question de la forme finale et de la rédaction du texte fait l’objet de discussions parmi les historiens.
Les traditions concernant son ministère et sa mort divergent : certaines le situent en Éthiopie, d’autres en Perse ou dans d’autres régions orientales.
Degré d’attestation : traditions anciennes, mais absence de consensus concernant son itinéraire et sa mort.
Jacques, fils d’Alphée, est mentionné dans les listes des Douze.
Il ne doit pas être automatiquement identifié à Jacques, le frère du Seigneur, responsable important de l’Église de Jérusalem. Il ne faut pas non plus supposer sans preuve qu’il s’agit nécessairement de « Jacques le petit » mentionné dans Marc 15:40.
Les traditions concernant sa vie sont peu nombreuses et souvent mélangées avec celles d’autres hommes appelés Jacques.
Degré d’attestation : presque aucune information historique sûre en dehors de sa présence parmi les Douze.
Simon est appelé « le Zélote » ou « le Cananite », expression qui semble désigner son zèle plutôt que son origine géographique.
Le Nouveau Testament ne nous renseigne pas sur son ministère après la Pentecôte. Les traditions le font voyager en Égypte, en Perse, en Syrie ou ailleurs. Certaines le font mourir avec Jude, mais ces récits sont tardifs et variables.
Degré d’attestation : très faible.
Jude est aussi appelé Thaddée dans certaines listes. Il ne doit pas être confondu avec Judas Iscariot.
Il pose une question à Jésus pendant le dernier repas :
Jean 14:22 « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te révéler à nous et non au monde ? »
Les traditions l’associent à la Syrie, à la Mésopotamie, à Édesse et parfois à la Perse. Certaines affirment qu’il aurait été martyrisé avec Simon le Zélote.
Degré d’attestation : traditions anciennes mais difficiles à vérifier.
Après son choix dans Actes 1, Matthias disparaît du récit biblique.
Les traditions le font exercer son ministère en Judée, en Cappadoce, dans la région de la mer Caspienne ou en Éthiopie. Les versions de sa mort sont également contradictoires : lapidation, décapitation ou mort naturelle.
Degré d’attestation : très faible.
Les « Pères apostoliques » sont des auteurs chrétiens de la fin du Ier siècle et du début du IIe siècle. Ils n’étaient pas membres des Douze, mais vivaient relativement près de l’époque apostolique.
Leurs écrits sont importants, car ils montrent comment les premières générations après les apôtres comprenaient leur héritage.
Ils ne possèdent pas la même autorité que les écrits du Nouveau Testament. Ils constituent toutefois des témoins historiques précieux de l’évolution de l’Église.
La première lettre de Clément aux Corinthiens est généralement située vers la fin du Ier siècle.
Clément y présente une chaîne de mission :
Dieu envoie Jésus-Christ ;
Jésus-Christ envoie les apôtres ;
les apôtres annoncent l’Évangile ;
les apôtres établissent ensuite des responsables dans les communautés.
Clément écrit en substance que les apôtres, après avoir reçu l’Évangile du Christ et la certitude de sa résurrection, parcoururent les régions et les villes en établissant des évêques et des diacres parmi leurs premiers convertis.
Dans le chapitre 44, il affirme également que les apôtres avaient prévu que des conflits apparaîtraient concernant la direction des Églises. Ils auraient donc donné des instructions afin que d’autres hommes reconnus succèdent aux premiers responsables après leur mort.
Clément témoigne que :
les apôtres établissaient des responsables locaux ;
les ministères ne devaient pas disparaître à la mort de leurs premiers titulaires ;
les responsables devaient être reconnus et éprouvés ;
l’Église ne devait pas déposer arbitrairement des anciens qui avaient exercé fidèlement leur ministère.
Il ne démontre pas à lui seul que chaque évêque recevait :
l’ensemble de l’autorité doctrinale propre aux apôtres ;
le pouvoir de produire de nouvelles révélations normatives ;
l’infaillibilité ;
une autorité universelle sur toutes les Églises.
Clément soutient clairement une continuité du ministère ecclésial, mais l’étendue exacte de l’autorité transmise reste précisément l’un des points discutés entre catholiques, orthodoxes et protestants.
Ignace était un responsable de l’Église d’Antioche. Dans ses lettres, il insiste fortement sur l’unité de la communauté autour de l’évêque, des anciens et des diacres.
Dans sa lettre aux Smyrniotes, il demande aux croyants de suivre l’évêque, de respecter les anciens et d’honorer les diacres. Il affirme également que les célébrations de l’Église doivent être placées sous la responsabilité de l’évêque ou de son représentant.
Au début du IIe siècle, on observe donc déjà dans certaines régions une organisation comprenant :
un évêque exerçant une responsabilité principale ;
un conseil d’anciens ou de presbytres ;
des diacres.
Cette organisation est plus structurée que ce que l’on peut parfois percevoir dans certaines descriptions très simples de l’Église primitive.
Les historiens constatent que le développement de la fonction épiscopale ne semble pas s’être produit exactement au même rythme dans toutes les communautés.
Son témoignage prouve néanmoins que l’autorité dans l’Église postapostolique n’était pas comprise comme une liberté purement individuelle. Elle était liée à une communauté organisée et à des responsables reconnus.
Polycarpe fut évêque de Smyrne. Les traditions anciennes l’associent à l’apôtre Jean, bien que la nature exacte de cette relation soit débattue.
Dans sa lettre aux Philippiens, Polycarpe insiste sur :
la fidélité à l’enseignement reçu ;
la conduite morale des responsables ;
la persévérance ;
la soumission au Christ ;
la vigilance contre les faux enseignements.
Il ne se présente pas comme un nouvel apôtre produisant une révélation supérieure. Il cherche plutôt à conserver et à transmettre l’enseignement reçu.
Son attitude illustre un principe essentiel : après la génération apostolique, l’autorité des responsables semble être principalement une autorité de transmission fidèle, et non une autorité permettant de modifier librement le message apostolique.
La Didachè, ou « Enseignement des douze apôtres », est un ancien manuel chrétien, probablement composé entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle.
Elle mentionne :
des apôtres itinérants ;
des prophètes ;
des enseignants ;
des évêques ;
des diacres.
Elle avertit cependant que tout homme se présentant comme apôtre ou prophète ne doit pas être cru aveuglément. Sa conduite, son rapport à l’argent, la durée de son séjour et la conformité de son enseignement doivent être examinés.
Cela montre que le mot « apôtre » pouvait encore être employé dans un sens plus large pour certains missionnaires itinérants. Ces hommes ne possédaient cependant pas nécessairement le même statut que les Douze ou Paul.
Cette distinction est essentielle :
l’apostolat fondateur des témoins choisis par le Christ ;
la mission apostolique, au sens plus général d’un envoyé ou d’un missionnaire.
C’est ici que commence l’un des grands désaccords entre les confessions chrétiennes.
L’Église catholique considère que les apôtres ont établi des évêques comme leurs successeurs. Ces évêques ne deviennent pas de nouveaux membres des Douze. Ils reçoivent cependant la mission :
d’enseigner ;
de gouverner l’Église ;
de célébrer les sacrements ;
de préserver la foi apostolique.
Cette continuité est appelée succession apostolique. L’évêque de Rome occupe, selon la doctrine catholique, une place particulière comme successeur de Pierre.
Les Églises orthodoxes reconnaissent également la succession apostolique des évêques. Elles insistent toutefois davantage sur la continuité de l’ensemble du collège épiscopal que sur l’autorité universelle d’un seul évêque. Pour elles, la succession ne consiste pas seulement en une chaîne d’ordinations. Elle exige aussi la fidélité à :
la foi apostolique ;
les conciles ;
la liturgie ;
la Tradition de l’Église.
Un évêque qui abandonnerait la foi apostolique ne conserverait pas automatiquement une autorité véritable du seul fait de son ordination.
L’anglicanisme historique a généralement conservé l’épiscopat et revendiqué une forme de succession apostolique. Tous les anglicans ne comprennent cependant pas cette succession de la même manière. Certains lui donnent une importance sacramentelle proche de celle du catholicisme ; d’autres la considèrent surtout comme une continuité historique et pastorale.
Les protestants historiques reconnaissent généralement que les apôtres ont établi des responsables dans les Églises. Ils refusent toutefois l’idée selon laquelle l’autorité doctrinale unique des apôtres aurait été transmise aux évêques. Selon cette position :
les apôtres ont posé le fondement ;
les pasteurs et les enseignants construisent sur ce fondement ;
leur autorité est réelle, mais elle reste soumise à la Parole apostolique contenue dans les Écritures.
Un pasteur ne fait donc pas autorité simplement parce qu’il occupe une fonction. Son enseignement doit être évalué à la lumière de la Bible.
De nombreux baptistes et évangéliques considèrent que la succession véritable n’est pas d’abord institutionnelle, mais doctrinale. Une Église est apostolique lorsqu’elle demeure fidèle :
à l’Évangile annoncé par les apôtres ;
à leurs enseignements ;
au témoignage biblique concernant Jésus-Christ.
Selon cette compréhension, une institution pourrait posséder une longue continuité historique tout en s’éloignant de la doctrine apostolique. Inversement, une communauté récente pourrait être apostolique dans son enseignement sans posséder une chaîne historique d’ordinations remontant aux premiers siècles.
Les pentecôtistes et charismatiques ne sont pas tous d’accord entre eux. Certains estiment que le ministère d’apôtre continue aujourd’hui, notamment à partir
d’Éphésiens 4:11 : « C’est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme bergers et enseignants. »
Ils donnent alors au mot « apôtre » le sens de :
fondateur d’Églises ;
missionnaire envoyé dans de nouveaux territoires ;
responsable chargé de superviser plusieurs communautés ;
pionnier d’un mouvement missionnaire.
D’autres pentecôtistes pensent que les apôtres fondateurs ont disparu, mais que certaines fonctions apostoliques, comme l’implantation d’Églises, peuvent continuer.
Une difficulté apparaît lorsque des responsables contemporains revendiquent :
une autorité comparable à celle de Paul ou de Pierre ;
des révélations impossibles à examiner ;
une obéissance personnelle absolue ;
une position supérieure à l’Écriture.
Une telle prétention dépasse ce que le Nouveau Testament accorde aux responsables ordinaires de l’Église.
Paul écrit :
Éphésiens 2:20 « Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. »
Cette image permet de distinguer plusieurs niveaux :
Jésus-Christ est la pierre angulaire : tout dépend de lui.
Les apôtres et les prophètes constituent le fondement : ils ont reçu et transmis la révélation fondatrice concernant le Christ.
Les croyants constituent l’édifice : chaque génération est construite sur ce fondement.
Un fondement ne doit pas être remplacé à chaque génération.
Cette image soutient l’idée que l’autorité révélatrice des apôtres était unique. Cependant, elle n’exclut pas la continuation de ministères chargés de préserver, enseigner et appliquer leur doctrine. La véritable question n’est donc pas seulement :
« Existe-t-il encore des responsables après les apôtres ? »
La réponse est manifestement oui. La question est plutôt :
« Ces responsables possèdent-ils la même autorité que les témoins choisis directement par Jésus-Christ ? »
Le Nouveau Testament ne présente jamais les anciens, les évêques ou les diacres comme pouvant remplacer l’autorité fondatrice des apôtres.
L’autorité des responsables après les apôtres
Les responsables chrétiens possèdent une autorité réelle, mais limitée. Leur autorité est ministérielle Ils servent le Christ et son peuple.
2 Corinthiens 4:5 « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes : c’est Jésus-Christ le Seigneur que nous prêchons, et nous nous déclarons vos serviteurs à cause de Jésus. »
Leur autorité vise l’édification : 2 Corinthiens 10:8 Paul parle de l’autorité donnée par le Seigneur « pour votre édification et non pour votre destruction ». Leur autorité ne doit pas devenir dominatrice
1 Pierre 5:2-3 Les anciens doivent prendre soin du troupeau, « non en dominant sur ceux qui vous sont confiés, mais en étant les modèles du troupeau ».
Actes 17:11 Les Béréens examinaient les Écritures pour vérifier l’enseignement reçu.
1 Thessaloniciens 5:21 « Examinez tout et retenez ce qui est bon. »
Ainsi, l’autorité spirituelle biblique n’interdit jamais le discernement.
L’Écriture demande aux croyants de respecter les responsables fidèles :
Hébreux 13:17 « Obéissez à vos conducteurs et soumettez-vous à eux, car ils veillent sur votre âme. »
Cette soumission n’est toutefois pas absolue.
Lorsque les autorités religieuses ordonnent aux apôtres de ne plus annoncer Jésus, Pierre et les autres répondent :
Actes 5:29 « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. »
Paul affirme même que si lui-même ou un ange annonçait un autre Évangile, cet enseignement devait être rejeté :
Galates 1:8 « Même si nous-mêmes ou si un ange venu du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit maudit ! »
L’autorité d’un responsable est donc légitime tant qu’elle demeure soumise :
au Christ ;
à l’Évangile ;
à la vérité apostolique ;
au caractère moral exigé par les Écritures.
Les signes d’une fausse revendication apostolique
Le Nouveau Testament avertit que certains hommes peuvent se présenter comme apôtres sans avoir été envoyés par Christ.
2 Corinthiens 11:13 « Ces hommes-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs déguisés en apôtres de Christ. »
L’Église d’Éphèse est félicitée pour avoir examiné ceux qui se prétendaient apôtres :
Apocalypse 2:2 « Tu as mis à l’épreuve ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs. »
Une revendication apostolique doit donc être éprouvée. Plusieurs signes doivent éveiller la vigilance :
l’exaltation excessive de la personnalité du responsable ;
l’interdiction de questionner son enseignement ;
la prétention à recevoir une révélation égale ou supérieure aux Écritures ;
l’exploitation financière ;
la domination psychologique ;
l’immoralité persistante ;
l’absence de responsabilité devant d’autres croyants ;
l’utilisation du titre d’apôtre pour exiger une obéissance absolue.
L’autorité apostolique authentique conduisait les hommes à Christ, non à la dépendance envers la personnalité de l’apôtre.
L’histoire permet d’établir plusieurs conclusions prudentes. Premièrement, les apôtres ont réellement établi des responsables dans les communautés qu’ils fondaient. Les premières générations chrétiennes n’ont donc pas compris l’Église comme une assemblée dépourvue de toute organisation.
Deuxièmement, les responsables postapostoliques avaient pour mission de conserver, d’enseigner et de transmettre la foi reçue. Clément, Ignace et Polycarpe ne se présentent pas comme les auteurs d’un nouvel Évangile, mais comme les gardiens d’un héritage.
Troisièmement, les sources anciennes montrent une continuité de ministère, mais elles ne résolvent pas automatiquement tous les débats concernant l’étendue de l’autorité transmise.
Quatrièmement, le Nouveau Testament attribue aux apôtres choisis par Jésus une fonction fondatrice et non reproductible : ils furent les témoins autorisés de sa résurrection et les transmetteurs de la révélation qui fonde l’Église.
Enfin, l’apostolicité d’une Église ne devrait pas être évaluée uniquement par son ancienneté, ses titres ou son organisation. Elle doit aussi être reconnue dans sa fidélité au Christ et à l’enseignement apostolique.
Une institution ne devient pas automatiquement fidèle aux apôtres parce qu’elle affirme leur succéder. De même, une communauté ne devient pas automatiquement biblique parce qu’elle rejette toute tradition ou toute structure.
La question décisive reste :
L’enseignement, l’organisation et les pratiques de cette communauté demeurent-ils soumis à Jésus-Christ et au témoignage apostolique transmis dans les Écritures ?
C’est à partir de ce critère que les doctrines de la succession apostolique, de l’autorité du pape, de l’épiscopat, du pastorat et des apôtres contemporains devront être examinées dans la suite du dossier.
La Partie II – L'histoire de l'Église
est en cours d'écriture ..encore un peu de patience 😉