Les peuples rencontrés par Israël après le passage du Jourdain jusqu'à la conquête de Canaan
Je me suis appliquée dans ce travail à ne pas chercher un simple commentaire biblique, mais une lecture typologique et spirituelle profonde, où chaque bataille révèle une étape de la vie du croyant. C'est d'ailleurs la manière dont les Pères de l'Église, mais aussi de nombreux exégètes évangéliques, ont souvent lu le livre de Josué : non pas comAme une succession de guerres, mais comme une pédagogie de Dieu.
Avant Jéricho, Dieu avait déjà remporté la première victoire
Références : Josué 3 à 5 ; Josué 5:1-9.
Lorsque nous arrivons au récit de Jéricho, nous avons souvent l'impression que la bataille commence au chapitre 6. En réalité, Dieu avait commencé à combattre bien avant que les murailles ne tombent. Le premier miracle n'est pas Jéricho. Le premier miracle est le Jourdain. Au moment où Israël arrive devant le fleuve, celui-ci est en crue.
La Bible précise :
« Le Jourdain regorge par-dessus toutes ses rives pendant tout le temps de la moisson. » (Josué 3:15)
Cette précision est capitale. En temps normal, le Jourdain mesure entre 20 et 30 mètres de large selon les endroits. Mais durant la période de la moisson (mars-avril), alimenté par la fonte des neiges du mont Hermon, il pouvait s'étendre bien au-delà de son lit habituel en inondant toute la plaine du Jourdain. Le courant devenait extrêmement rapide et la traversée était humainement impossible pour une multitude composée d'hommes, de femmes, d'enfants, de personnes âgées et de troupeaux.
Pourtant, dès que les sacrificateurs posent leurs pieds dans l'eau, Dieu arrête le fleuve. Le texte précise que les eaux s'accumulent très loin en amont, vers Adam (Josué 3:16), tandis que le lit du fleuve devient entièrement sec. Israël traverse alors exactement comme leurs parents avaient traversé la mer Rouge quarante ans auparavant. Dieu démontre ainsi qu'il est toujours le Maître de la création.
Ce miracle n'était pas seulement destiné à Israël
Le texte ajoute un détail souvent négligé.
« Tous les rois des Amoréens... et tous les rois des Cananéens... apprirent que l'Éternel avait mis à sec les eaux du Jourdain... et leur cœur se fondit ; ils perdirent tout courage devant les enfants d'Israël. » (Josué 5:1)
Avant même qu'une seule épée ne soit dégainée, Dieu avait déjà attaqué le moral de l'ennemi. La première bataille est psychologique. Les habitants de Jéricho observent un peuple entier traverser un fleuve en crue à pied sec. Pour eux, ce n'est pas seulement un phénomène naturel. C'est la démonstration que le Dieu d'Israël commande aux éléments.
Dans le contexte religieux cananéen, cette scène revêt une portée encore plus forte. Les Cananéens attribuaient les pluies, les orages et la fertilité aux divinités de leur panthéon, notamment Baal dans une grande partie de Canaan. Or, sous leurs yeux, ce n'est pas Baal qui maîtrise les eaux, mais l'Éternel. Le Dieu d'Israël se révèle comme le véritable souverain de la création. Sans prononcer un seul mot, Dieu vient de discréditer les prétentions des dieux cananéens.
Puis Dieu donne un ordre qui paraît incompréhensible
C'est précisément à ce moment-là que Dieu demande à Josué de circoncire toute la génération née dans le désert (Josué 5:2-9).
D'un point de vue militaire, cette décision est incompréhensible. La circoncision pratiquée sur des adultes immobilise les hommes pendant plusieurs jours. Le texte ne précise pas le nombre de jours, mais Genèse 34:25 rapporte qu'après une circoncision, le troisième jour est celui où la douleur est la plus intense. Josué indique simplement que le peuple resta dans le camp jusqu'à sa guérison (Josué 5:8).
À cet instant, Israël devient totalement vulnérable. Les soldats ne peuvent pratiquement pas combattre. Si Jéricho lançait une attaque surprise, Israël serait incapable de se défendre efficacement.
Pourquoi Dieu prend-il un tel risque ? Parce qu'en réalité...
Il n'y a plus de risque. Le chapitre précédent nous a appris que le cœur des Cananéens avait déjà fondu. Pendant qu'Israël est physiquement incapable de se battre, Jéricho est psychologiquement incapable d'attaquer.
Quel renversement extraordinaire !
Dieu neutralise l'ennemi avant même de préparer son peuple au combat. C'est exactement ce que fait souvent Dieu dans notre vie. Nous croyons que nous devons d'abord devenir forts pour qu'il nous utilise. Dieu fait parfois l'inverse. Il nous conduit dans une position où nous sommes conscients de notre faiblesse afin que nous découvrions que notre sécurité ne dépend jamais de notre force, mais de sa présence.
Une leçon spirituelle profonde
Avant de demander à Israël de faire tomber les murailles de Jéricho, Dieu lui enseigne une vérité fondamentale :
La première victoire n'est jamais remportée sur l'ennemi ; elle est remportée sur notre confiance en DIEU.
Le peuple aurait pu penser :
« Nous sommes six cent mille hommes. Nous sommes prêts à conquérir le pays. »
Dieu répond :
« Je vais d'abord vous placer dans une situation où vous ne pourrez absolument rien faire sans moi. »
La circoncision PREND SON SENS : l'alliance est une école de dépendance.
Israël ne peut compter ni sur ses armes, ni sur son nombre, ni sur sa stratégie. Il ne lui reste qu'une seule certitude :
Le Dieu qui a ouvert le Jourdain est capable de protéger un peuple incapable de se défendre.
C'est précisément cette confiance qui préparera Israël à recevoir la victoire de Jéricho, une victoire qui ne reposera ni sur une technique militaire ni sur une supériorité humaine, mais sur l'obéissance à la parole de Dieu.
Jéricho ? Non pas encore .
Avant de révéler la stratégie, Dieu révèle le véritable Chef
Josué 5:13-15
Imagine la scène.
Josué se tient probablement à proximité de Jéricho. Devant lui s'élèvent des murailles gigantesques que personne n'a jamais réussi à renverser. Il sait que derrière ces murs se trouvent des soldats entraînés, des familles retranchées et une ville qui attend l'assaut.
Pour les habitants de Canaan, Jéricho n'était pas une ville quelconque. Elle constituait l'une des plus anciennes villes fortifiées du monde. Les fouilles archéologiques ont montré qu'elle possédait un système défensif remarquable : un talus en pente, un mur de soutènement en pierre, puis un ou deux murs de briques crues selon les périodes d'occupation. Même si les dimensions exactes varient selon les différentes phases archéologiques, l'ensemble formait une forteresse impressionnante, conçue pour décourager toute attaque.
Pour un peuple comme Israël, qui venait de passer quarante ans dans le désert et ne possédait ni béliers, ni tours de siège, ni catapultes, Jéricho représentait un obstacle humainement infranchissable.
Mais Dieu aime commencer par ce que l'homme considère comme impossible.
Ce principe se retrouve tout au long des Écritures. Devant la mer Rouge, devant Gédéon avec ses trois cents hommes, devant David face à Goliath ou encore devant Lazare dans son tombeau, Dieu choisit souvent les situations où aucune explication humaine ne pourra voler sa gloire.
Nous savons que depuis des années, Moïse est mort.
Désormais, c'est Josué qui porte la responsabilité de conduire plusieurs centaines de milliers de personnes dans la conquête du pays promis. Naturellement, il réfléchit.
Par où attaquer ? Comment franchir les murailles ? Comment limiter les pertes ? Quel sera le premier mouvement de l'armée ?
Puis soudain...
Il aperçoit un homme. Un homme seul. Debout. L'épée dégainée. Le texte ne dit pas que cet homme s'approche. Il est simplement là. Comme s'il attendait Josué.
Pour un chef militaire, une seule question s'impose.
« Es-tu des nôtres ou de nos ennemis ? » (Josué 5:13)
Autrement dit :
« Es-tu venu combattre avec nous ou contre nous ? »
C'est une question logique. Mais la réponse est totalement inattendue.
« Non. »
Pas "oui". Pas "je suis avec Israël". Pas "je suis contre Jéricho". Simplement...
« Non. »
Puis il ajoute :
« Je suis le Chef de l'armée de l'Éternel. J'arrive maintenant. »
Pourquoi répondre "non" ? Parce que Dieu refuse d'être enfermé dans la logique de Josué. Josué raisonne encore comme un général. Il pense en termes de camps. De stratégie. D'alliances. Dieu lui révèle que la bataille ne lui appartient pas.
En quelque sorte, le Seigneur lui dit :
« Tu me demandes de quel côté je suis. Mais tu poses la mauvaise question. La vraie question est : toi, Josué... de quel côté es-tu ? »
Et cette nuance change absolument tout.
Rappelons-nous que le parcours d'Israël depuis la traversée du Jourdain jusqu'à Jéricho est une véritable image de notre propre marche spirituelle.
Après avoir traversé le Jourdain, symbole de l'entrée dans une vie nouvelle et de la confiance dans la puissance de Dieu, Israël ne reçoit pas immédiatement des armes ou une stratégie militaire. Dieu commence par renouveler son alliance avec son peuple au travers de la circoncision (Josué 5:2-9). Il leur rappelle que leur identité ne repose pas sur leur force, mais sur leur appartenance à Lui.
Puis, au lieu de les entraîner au combat, Dieu les laisse plusieurs jours dans une situation de totale vulnérabilité. Les hommes sont en pleine convalescence, incapables de défendre le camp. Pourtant, aucun ennemi n'attaque. Pourquoi ? Parce que Dieu avait déjà combattu pour eux en faisant fondre le courage des Cananéens lors du passage du Jourdain (Josué 5:1). Israël apprend ainsi une première leçon : la sécurité du croyant ne dépend jamais de sa propre force, mais de l'action de Dieu.
À présent, Dieu conduit Josué encore plus loin.
Cette fois, ce n'est plus le peuple qu'il veut transformer. C'est son conducteur.
Josué regarde Jéricho avec les yeux d'un général. Il voit une forteresse, des murailles, une armée ennemie. Son premier réflexe est donc parfaitement humain : identifier un allié ou un adversaire.
« Es-tu des nôtres ou de nos ennemis ? »
Mais Dieu refuse d'entrer dans ce raisonnement. Par sa réponse, il déconstruit complètement la manière de penser de Josué. En réalité, Dieu l'amène à une réflexion beaucoup plus profonde :
« Tu cherches à savoir si je vais soutenir ton combat. Mais t'es-tu demandé si ton combat est bien le mien ? »
Quelle remise en question ! Nous faisons souvent la même erreur. Nous demandons à Dieu de bénir nos projets, nos décisions, nos stratégies, nos plans, parfois même nos combats. Mais Dieu nous invite d'abord à nous arrêter et à nous poser une autre question :
« Ce projet est-il vraiment né de mon cœur ou simplement du tien ? Cette bataille est-elle celle que je t'ai demandé de mener ? » OU encore si ce projet me vient de DIeu suis-je certains que je combat avec ces armes? N'ai je pas repris la main à un moment donnée
Toute la vie chrétienne est marquée par cette tension. Nous voulons souvent que Dieu marche derrière nous en bénissant notre route. Or Dieu nous appelle à marcher derrière Lui, sur la route qu'il a déjà tracée. Selon SA stratégie et non la notre avec ses forces et non les nôtres.
C'est précisément ce que Josué comprend en un instant. Lui qui se tenait devant le Chef de l'armée de l'Éternel comme un commandant comprend soudain qu'il n'est qu'un serviteur. Il ne demande plus :
« Quelle est la stratégie ? »
Il demande :
« Que dit mon Seigneur à son serviteur ? » (Josué 5:14)
Cette phrase marque un tournant. Josué cesse de vouloir conduire la bataille. Il accepte d'être conduit. Et c'est seulement à partir de ce moment-là que Dieu lui révélera comment Jéricho tombera.
Voilà une loi spirituelle que Dieu enseigne encore aujourd'hui : avant de nous révéler ses plans, il transforme notre posture. Avant de nous montrer ce qu'il veut faire, il nous apprend à reconnaître qu'il est le véritable Chef. Car Dieu ne cherche pas seulement des hommes capables d'exécuter ses ordres ; il cherche des hommes dont le cœur est suffisamment humble pour renoncer à leurs propres raisonnements et entrer pleinement dans les siens. C'est dans cette posture de soumission que naissent les plus grandes victoires.
Qui commande réellement cette guerre ?
À cet instant précis, quelque chose bascule. Depuis le début du livre, nous avons naturellement tendance à penser que Josué est le chef de la conquête. Après tout, c'est lui qui donne les ordres, organise les tribus et conduit l'armée. Mais cette rencontre révèle une vérité extraordinaire.
Josué n'est pas le commandant suprême.
Il est un serviteur auquel une responsabilité a été confiée. Le véritable Général est déjà sur le champ de bataille. Avant même que la première trompette ne retentisse autour de Jéricho... Le véritable Chef est arrivé.
Quelle paix cela devait produire dans le cœur de Josué ! La responsabilité ne repose plus entièrement sur ses épaules. Il découvre qu'il n'est pas celui qui portera Israël jusqu'à la victoire. C'est Dieu.
Et cette vérité demeure aujourd'hui. Nous croyons parfois que tout dépend de nous. Notre famille. Notre ministère. Notre entreprise. Notre Église. Notre appel.
Alors Dieu nous rappelle doucement :
« Tu n'es pas le Sauveur de cette œuvre. Moi seul le suis. Tu n'es pas appelé à porter ce qui m'appartient. Tu es appelé à me suivre. »
Pourquoi Josué se prosterne-t-il immédiatement ?
La réaction de Josué est tout aussi étonnante. Il tombe le visage contre terre. Il adore.
Puis il dit :
« Qu'est-ce que mon Seigneur dit à son serviteur ? » (Josué 5:14)
Quelques instants auparavant, il demandait : « Es-tu avec nous ? »
Maintenant... Il ne pose plus aucune question sur la stratégie. Il ne demande plus comment prendre Jéricho. Il demande simplement :
« Que veux-tu que je fasse ? »
Voilà la véritable foi. La foi ne consiste pas seulement à croire que Dieu nous aidera. Elle consiste à accepter que Dieu dirige entièrement notre vie. Avant de recevoir un plan...
Josué devient un serviteur. Et c'est seulement après cette posture d'humilité que Dieu lui révélera la stratégie de Jéricho. Il y a ici un principe que l'on retrouve dans toute la Bible. Dieu révèle rarement toute sa volonté à ceux qui cherchent simplement des réponses. Il la révèle à ceux qui sont d'abord prêts à obéir.
Une scène qui rappelle Moïse...
Puis le Chef de l'armée de l'Éternel prononce une phrase qui aurait immédiatement réveillé un souvenir chez Josué.
« Ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est saint. » (Josué 5:15)
Impossible pour Josué de ne pas penser à Moïse. Quarante ans plus tôt, Dieu avait prononcé exactement les mêmes paroles devant le buisson ardent (Exode 3:5).
Le message est magnifique. Le Dieu qui a appelé Moïse est le même qui accompagne maintenant Josué. La mission change. Le conducteur change. Mais Dieu, lui, ne change jamais. Moïse est mort. Le plus grand prophète qu'Israël ait connu n'est plus là. Josué aurait pu croire que tout reposait désormais sur lui. Mais Dieu lui révèle que l'œuvre n'a jamais reposé sur Moïse. Elle n'a jamais reposé sur Josué. Elle a toujours reposé sur Celui qui se tient devant lui, l'épée à la main.
Quelle consolation pour nous aussi !
Les générations passent. Les responsables changent. Les serviteurs de Dieu s'en vont. Mais le véritable Chef de l'Église est toujours vivant.
C'est pourquoi son œuvre ne dépend jamais d'un homme, aussi fidèle soit-il. Elle dépend uniquement de la présence du Seigneur qui continue, aujourd'hui encore, de conduire son peuple vers les promesses qu'il lui a faites.
Je trouve que cela révèle un fil conducteur très fort : Dieu prépare d'abord le peuple (Jourdain → circoncision), puis il prépare le conducteur (le Chef de l'armée de l'Éternel), et seulement ensuite il donne la stratégie de Jéricho. Cela montre que, dans la pédagogie divine, Dieu façonne toujours les hommes avant de leur confier les victoires. C'est un principe que l'on retrouve tout au long des Écritures.
La suite en cours d'écriture ... encore un peu de patience...